Lorsque la torche algéroise reprit le flambeau des Maccabés

davidgoliathLa fête de H’annouca célèbre historiquement  la victoire du petit peuple Hasmonéen  contre le puissant régime grec Séleucide à l’époque du deuxième Beth Hamiqdach. Dans le paragraphe que nous rajoutons dans nos prières (Amida et Birkat haMazone) nous lisons notamment le passage de ‘Al Hanissim qui énonce d’abord :

« Nous [Te remercions] pour les miracles, pour la rédemption, pour les forces et les actes de salut, et pour les merveilles que Tu as réalisés pour nos pères au cours de ces jours, à notre époque (bazman hazé) »

puis, la louange se poursuit :

« Tu as livré le puissant aux mains du faible, les nombreux aux mains des peu nombreux, les impures aux mains des purs, les impies aux mains des pieux, et les pêcheurs aux mains de ceux qui s’attachent à la Ta Torah »

Bazman hazé

Cette histoire nous la connaissons tous.

Mais réalisons-nous tous très bien que cette histoire, précisément celle du miracle divin qui permet au petit de triompher face au grand, nous poursuit jusqu’à aujourd’hui ? Que la formulation « bazman hazé-à notre époque » relève davantage de la Prophétie pour les générations futures que du constat pour les succès militaires passés ?
Ne commence-t’elle pas d’ailleurs, cette histoire, avec Avram contre les quatre Rois qui avaient pris son neveu Lot en otage ? Ne se prolonge-t’elle pas encore avec l’épisode de David contre Goliath ? N’at ‘elle pas failli se reproduire à Massada ? Et que dire aussi de la Guerre des Six Jours ?

Et à ce titre j’aimerais rappeler la mémoire de certains héros juifs qui, à plus d’un titre, sont les dignes héritiers de Yehouda Hamakabi .

L’histoire qui va suivre est à mon sens largement et étrangement méconnue du grand public.
Cela se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Il va s’agir d’un débarquement.
Mais pas celui de Normandie.
Il sera question d’une grande victoire, la toute première, contre l’Allemagne nazie.
Mais pas celle de Stalingrad.

Car, en effet, il y eut un commencement à la chute d’Hitler.
Et c’est en Afrique du Nord que cela s’est passé…

Operation Torch

Nous sommes en 1942, au plus fort de la Seconde Guerre Mondiale. Les Alliés sont désemparés notamment parce que l’Armée allemande fragilise chaque jour davantage la Russie sur le front de l’Est. La Bataille de Stalingrad est loin d’être finie et son issue est encore incertaine.
Les forces anglo-americaines ne savent pas comment soulager les soviétiques si ce n’est en ouvrant un autre front, à l’opposé de la Russie, et alourdir ainsi les planifications logistiques et stratégiques des armées du Führer.
Or un débarquement en Europe serait encore trop risqué, les nazis sont bien mieux équipés et préparés que les soldats alliés. En revanche, il reste encore…l’Afrique du Nord.

Sur le terrain, Vichy administre et collabore. Les lois anti-juives sont votées, appliquées comme en métropole. La Milice est là, qui avec l’aide des forces de Police et sous l’autorité des préfets collaborationnistes, préparent les premières déportations et, comme en Tunisie, sous la supervision d’un Römmel, réquisitionnent les juifs pour la construction des premiers camps d’internement.
Au Maroc, la Gestapo a ses appartements, sans compter les milices franquistes, alliées d’Hitler, qui sillonnent le pays, de Rabat à Mogador.
La flotte britannique est sévèrement affaiblie en Lybie par les sous-marins allemands. Les Anglais ne vont plus tenir longtemps le front méditerranéen. Raison de plus pour intervenir là-bas. Et vite.

Les Alliés pour autant tergiversent.
Vichy est-il du côté des nazis ou subit-il momentanément sa soumission, attendant la revanche ? Peut-on compter sur les français de France, y compris au sein de l’armée, pour participer à une contre-offensive vers Berlin ?

Pendant ce temps, la Résistance nord-africaine, elle, a tranché et s’organise. Une poignée d’hommes, presqu’exclusivement juifs. Qui sentent bien que les mesures du régime ne peuvent aller qu’en s’aggravant. Ils sont donc déterminés, et modestement armés.

A Alger,  le Dr. Raphaël Aboulker, Jean Athias, André Morali-Daninos, Maurice Ayoun, Émile Atlan, Charles Bouchara et André Temine dirigent la Résistance composés de 117 membres à peine, dont le noyau dur se résume à une douzaine d’individus : Paul Sebaoun, Julien Gozlan, Germain Libine, Afred Fitoussi, Georges Loufrani, Roger Moarali, Marcel Cassis, Cohen Adad.
Et enfin José Aboulker, Roger Carcassonne et Bernard Karsenty.

En Tunisie et au Maroc, le schéma est sensiblement le même.

Les Services secrets américains prennent donc vite contact avec ces groupuscules pour préparer, en parallèle de négociations diplomatiques, un éventuel débarquement sur les terres nord-africaines. Leur but est de fomenter une insurrection civile pour faciliter la tâche des soldats débarqués sur la plage.
Les américains se chargeront de l’entraînement des maigres troupes de résistants. Et de l’armement.
Car en face, l’armée française aux ordres de Vichy, disposent de bataillons terrestres, maritimes et aériens plus que conséquents.

L’opération de débarquement des forces alliés est baptisée : « Torch » (le flambeau en anglais).
Elle est prévue pour novembre 1942.
Elle comprend 107 000 hommes et s’effectuera sur 200 bâtiments de guerre et 110 navires de transport. Elle se divise en trois groupes (Maroc, Alger et Oran) ayant pour mission d’établir neuf têtes de pont sur près de 1 500 km de côte.
A Alger, c’est le jeune étudiant en médecine, José Aboulker, issu d’une grande lignée rabbinique, qui dirigera les opérations avec le Colonel Jousse.
Ce poste est central, Alger est en effet le véritable centre militaire français de toute l’Afrique du Nord. Si l’insurrection algéroise échoue, si l’état-major français est donc préservé, le débarquement échouera. Les Alliés perdront des ressources irremplaçables, tant matériel qu’humaines. Et la Russie tombera sans doute aux mains des nazis.
Ambiance.
Lorsque 400 civils neutralisent plus de 12 000 soldats

9nov42

Jour J. Le 8 novembre 1942, vers 1h du matin.
400 résistants volontaires, dont plus des deux-tiers étaient juifs, parviennent à neutraliser à eux seuls les batteries côtières de Sidi-Ferruch et le 19e corps d’armée français (12 000 hommes dont 5 000 à Alger même) ainsi que les 2000 membres du service d’ordre légionnaire.

Les autorités civiles sont également mis sous contrôles par des hommes et des femmes, hier encore citoyens de seconde zone. Mieux, des lycéens et des étudiants réussissent à mettre aux arrêts le Général Juin ainsi qu’une pièce maitresse de l’Armée Française : rien de moins que l’Amiral Darlan, qui se trouvait à Alger tout à fait par hasard, cette nuit-là, bazman hazé.

Et l’on ne mesure pas encore l’énormité de cette prise sans accrocs si l’on ne dit pas aussi toutes les déconvenues et les pertes qui sont arrivées pendant ce débarquement par ailleurs (à Oran ou au Maroc).
Ce débarquement algérois est de l’aveu de nombreux historiens, un petit miracle :

  • Les navires et sous-marins américains s’approchant des côtes n’ont quasiment pas été inquiétés par la redoutable et invincible armada sous-marine nazie. Et ce sera la seule fois dans l’histoire navale de ce conflit.
  • L’amirauté française découvrant le débarquement alors qu’elle le prévoyait un an plus tard, a été totalement en état de choc, ce qui a paralysé ses capacités défensives et mieux, a conduit à ce qu’elle surestime démesurément les forces alliées, ajoutant le désarroi à la surprise.
  • Les volontaires civils n’ont jamais eu totalement la quantité d’armes promises par les américains et ont dû faire face à des soldats français armés et entraînés.

Tu as livré le puissant aux mains du faible

Le Putsch d’Alger, aussi glorieux soit-il, n’est qu’un chapitre de plus dans l’histoire des victoires inopinées où chaque seconde relève du miracle.
Non pas que l’état-major Allié et la science militaire ou encore la sympathie de la plupart des militaires français envers les anti-vichystes en soient minorés ou rendues inutiles, mais lorsque l’on compare ce qui s’est passé ce 8 novembre 1942, depuis le 11 rue Bab-Azoun, chez Emile Atlan, avec ce même débarquement, beaucoup plus sanglants, à Oran ou à Casablanca, on ne peut que rester coi devant un tel spectacle.
L’opération Torch sera la première grande victoire contre l’Allemagne nazie, et de Safi à Tunis, ce flambeau sera aussi le premier qui allumera les autres jusqu’à la chute finale du IIIe Reich.

josé aboulkerJosé Aboulker, en menant à bien cette insurrection civile, fait figure de Léonidas Ier dans le détroit des Thermopyles. La troupe des 400 du premier vaut bien les 300 de l’illustre second. Mais ce n’est pas tant à une référence spartiate que ces évènements me font penser. Bien plus grande est la comparaison avec H’annouca ; qui nous rappelle, qu’au-delà de la puissance de n’importe quelle armée, faisant fi de toutes les prévisions d’experts militaires, se riant des rapports de forces, se cachera toujours une petite étincelle de résistance qui pourra renverser l’issue d’un conflit. Fut-il mondial.

A l’heure où l’état d’Israël est plus isolé que jamais, où les menaces diplomatiques, économiques et militaires s’aggravent de jour en jour, où jusque dans son sein les divisions font rages, il nous faut regarder vers les Maccabim, et vers  tous ces héros juifs qui, dans tous les pays, à chaque époque, n’ont pas baissé les bras et ont finalement couronné de succès leurs luttes contre leurs ennemis…avec l’aide d’Hachem !

DavidGoliath2

H’ag Ourim Sameah’

 

PS : Comme c’est H’annouca, et qu’il n’est pas interdit de rire; ainsi que pour celles et ceux qui veulent un résumé sonore de cet billet, voici la synthèse d’un certain Laurent Gerra 

laurentgerra

 

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

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