La génération 50/50

C’est l’histoire d’un bon ami à moi, qui m’autorise à reprendre son texte, à l’adapter, et que je trouve plutôt inspirant:

business_failure« Depuis presque trois ans, mon équipe et moi-même occupons une bonne partie de notre énergie à faire aboutir un projet d’envergure pour mon entreprise. Ce n’est pas le seul que nous gérons, mais c’est de loin le plus emblématique. Avec un partenaire prestigieux qui nous fournit sa solution et que nous adaptons au fur et à mesure des livraisons. L’année 2013 a été particulièrement chahutée. En cause, un changement de stratégie chez notre partenaire avec hélas des rapports qui se sont progressivement tendus puis détériorés.
En toute objectivité, les soucis venaient quasi exclusivement de leur côté.
Je sais bien ce que vous allez me dire: « Quand il y a un problème, c’est toujours la faute de l’autre ».
Mais là, croyez-le ou non, les faits ne prêtaient à aucune équivoque: engagements non-tenus, qualité médiocre, planning non respecté, communication calamiteuse etc.

Alors que faire ?

Après l’escalade de joyeusetés entre nous et eux, pendant des mois, ma hiérarchie a décidé de trancher en quelques minutes.
Dans la mesure où nous avions convenu un partenariat, nous étions quelque part, pieds et poings liés avec eux. Donc un clash ne nous aurait pas été favorable. D’autre part, si nous les quittions malgré tout, ils auraient beaucoup de mal à s’en remettre surtout pour convaincre leurs prospects sur leur nouvelle solution.

– « Oui mais ils se moquent de nous ! Ça ne peux pas continuer ?!? Nous avons un contrat, avec des pénalités, pourquoi ne pas les appliquer ? »
– « Que gagnerions-nous ? Il faut avancer. Ensemble. » Voilà ce qu’on me répondit alors.
– » Si nous marchons à deux, il faut soigner le boiteux d’abord, nous avancerons mieux et plus vite ensuite. » Voici ce que je rétorqua sans convaincre.

Après un dîner entre grand-patrons et un Comité Exécutif tout en délicatesse, la conclusion fût que « les torts étaient partagés », que « rien n’est tout noir ou tout blanc » et qu’il fallait que chacun s’engage à s’améliorer à mesures égales.
Je vous passe le baratin habituel dans ce genre de situation.
Le projet « Restaurer la Confiance » fût lancé début 2014.
Les équipes de gestion de projets de notre partenaire furent changées, on valida un tout nouveau process commun de collaboration-pipo et on se serra les mains avec de grands faux sourires autour d’un verre de l’amitié.
Business first, n’est-ce pas.

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Nous sommes six mois après cet engagement, et où en sommes nous d’après vous ?
Evidemment au même point.
Les hommes ont peut-être changé, mais les problèmes sont restés : Toujours pas de planning ferme sur les livraisons, toujours des informations contradictoires, toujours beaucoup de pression de part et d’autre. Et pourtant l’on suit religieusement les slides du tout nouveau process censé avoir identifié les « axes de progrès » de notre collaboration.

Alors où est le problème au fond ?

Le problème c’est que nous vivons à une époque où l’on pense que notre intérêt n’est pas de stigmatiser le fautif, qu’il est profitable pour chacun de continuer à avancer malgré les erreurs répétées. Que rien n’est blanc ou noir, que tout est gris.

C’est la génération « fifty / fifty ».

Sauf qu’il faut bien à un moment admettre que dans un couple, l’un peut être plutôt gris clair et l’autre virer au noir grisonnant. Qu’il est trop simple, trop rapide, de juger ,dès qu’il y a un problème, que finalement tout le monde est responsable, ou pire, qu’il n’y a pas de responsable.
Que l’important n’est peut-être pas toujours d’avancer ensemble et que la peur du manichéisme ne doit pas nous faire sombrer dans l’absence assumée d’une évaluation objective »

gris

Ce cri du cœur lancé par mon ami, qui se déroule dans le monde professionnel m’ a paru particulièrement à propos lorsque l’on voit la couverture médiatique dès qu’il s’agit des Juifs de France ou de l’Etat d’Israël.

Relisons ensemble la couverture faite au sujet de l’attaque des synagogues le Dimanche 13 Juillet 2014, par le nouvelobs (reprenant la piteuse Michèle Sibony), 20minutes, où les nombreuses vidéos citées par d’autres médias.

Au fond, pour le lecteur lambda, à qui l’on sert ces nouvelles entre l’entrée et le plat, tout cela est un peu de la faute de personne et de tout le monde à la fois. Une horde de voyous pro-arabe déferle vers la synagogue, mais la Ligue de Défense Juive était aussi présente donc voilà, « la messe est dite ». Vulgaire petite confrontation entre bandes rivales. Rien de très choquant pour un fait-divers dominical. Les torts seraient partagés équitablement.

Pour le conflit à Gaza c’est du même acabit. L’européen moyen n’a ni le temps ni l’envie de se plonger dans la complexité du conflit israélo-arabe. Il voit une armée qui tue des enfants et des islamistes qui envoient des roquettes. Bon, et si on se serrait la main autour d’un petit verre, histoire d’arrêter ces histoires sans fin ? Il s’agirait d’être adulte maintenant…

Qui est l’oppresseur, qui est l’agressé ? Quelle importance, parce que n’oubliez pas: l’essentiel est d’avancer. Ensemble.
On va couper la poire en deux, chacun va faire des concessions, sourire devant les photographes et tout va rentrer dans l’ordre.

C’est la vision de l’opinion publique française me semble-t’il:  Oui, bien sûr les islamistes ne sont pas des enfants de chœur, mais d’un autre côté, Israël pratique une politique d’apartheid. Le Hamas envoie certes des bombinettes sur des terrains vagues mais Tsahal attaque Gaza et tue des centaines de femmes et d’enfants. Nous le voyons à la télé, les images sont implacables. Nous reconnaissons que les palestiniens kidnappent et assassinent des israéliens, mais il s’agit surtout de colons juifs, venu voler leur terres et les provoquer. Allez, balle au centre !

Au final « Israël et les Arabes, cessez donc de vous chamailler ! » est en substance la leçon paternaliste qu’ils se sentent obligés de prodiguer, comme un instituteur envers des enfants dissipés. (Et l’on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est aux racines de la Chrétienté médiévale qu’il faille trouver explication à ce besoin de toujours vouloir « pacifier » à leur sauce des conflits auxquels ils ne comprennent rien avec le résultat que l’on sait – regardez l’Irak et l’Afghanistan pour ne citer que les exemples les plus récents.)

israelpalestine-flags

Là aussi, les torts seraient partagés équitablement.
Rien n’est plus commode pour les chancelleries européennes et les journalistes impatients que de mettre dos-à-dos le Hamas et l’état hébreu.

Comme si qu’Israël était aussi coupable que les nations arabes. Aussi responsable que ceux qui lui ont infligé sept guerres. Les mêmes qui organisaient les attentats ensanglantant sa population civile. Aussi impliqué dans l’échec des accords de Paix refusés par Arafat ou Abbas.  Ou que les cessez-le-feu non respecté du Hamas.

Qu’à chaque victime arabe, les israéliens sortiraient en criant de joie et en tirant en l’air comme le font beaucoup trop d’arabes à chaque attentat de civil en territoire hébreu.

Comme si aussi qu’Israël et les territoires arabes pouvaient être politiquement, moralement, humainement confondus tant ils seraient semblables. Que l’on pouvait pardonner aux partisans de la charia leurs exécutions publiques tout comme l’on oublierait l’hyper-démocratie côté hébreu.
Que la mort d’un enfant gazaoui pris en tant que en bouclier humain par les terroristes arabes, valait le corps déchiqueté d’une étudiante israélienne après un attentat dans un bus.

Qu’un soldat de Tsahal de 18 ans, à qui l’on enseigne le respect des civils, qui doit répondre à des procédures inimaginables en vue de limiter le nombre de victimes, ne valait pas mieux qu’un chef djihadiste palestinien qui ne voit en chaque civil israélien qu’une cible sioniste qu’il faut abattre au plus vite.

Que Kippa et Keffieh, c’est Kif-Kif.
50/50.

Les-AccusesCette tendance à ne pas vouloir brusquer nos consciences, à user de cet artifice pour aplanir les dissensions, m’a rappelé une référence cinématographique.
Jodie Foster a incarné un personnage incroyable dans le film « Les accusés », de Jonathan Kaplan. L’histoire d’une femme, violée devant témoins par trois hommes, et qui va devoir se battre pour faire reconnaître son préjudice. Jusqu’au tribunal la défense va jouer de tous les arguments, devenus classiques, pour prouver que les deux partis sont coupables puisque la plaignante « l’a bien cherché »:
– Elle a provoqué les accusés par ses discours aguichants, par sa tenue légère, par ses danses lascives, par ses consentements implicites
– Elle était en public, qui oserait violer quelqu’un en public, trois fois, sans que personne ne réagisse, si justement il n’y avait pas consentement mutuel ?
– Cette plaignante n’est qu’une dévergondée qui, prise de remords, au petit matin, se retourne contre ses trophées d’un soir.
– Ce sont  les accusés qui sont en fait les véritables victimes puisqu’on salit leur honneur mais ils ne réclament rien d’autre que de revenir à une vie tranquille.

A la lumière de tous ces éléments, l’avocat exige la relaxe de ses client, victime d’une fausse accusation de viol alors qu’il ne s’agit que de trois relations entre adultes consentants.
Voilà, il n’y a pas de victime, pas de viol. Affaire à classer sans suite et au plus vite.

Pour l’instant l’Histoire et les médias semblent jouer le rôle de ces brillants avocats de la défense, toujours prompts à globaliser, et à uniformiser les multiples teintes monochromes pour noyer le poisson et étaler les fautes.
Sans aucune nuance.
Or si l’on veut une paix durable avec ceux, qu’on le veuille ou non, qui seront toujours les voisins d’Israël, on ne peut faire l’économie d’un pragmatisme réaliste, précis et constructif. De celui qui est dans la recherche de la teinte chromatique la plus rigoureuse, quoique menacée.

Il ne tient qu’à nous désormais de montrer que si Israël a encore beaucoup de chemin à parcourir pour vaincre ses démons et prendre sa part légitime de « gris », les ennemis d’en face sont, eux, encore inextricablement plongés dans les ténèbres de l’obscurantisme religieux et idéologique. Le reconnaître et le faire savoir ce n’est pas entraver le chemin de la paix. C’est au contraire baliser le sentier qui nous prémunira des futurs conflits et des prochaines victimes.

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

2 Responses to La génération 50/50

  1. Yves SIMONY dit :

    Bien construit et édifiant, indubitablement. Mais alors n’y aurait-il pas d’ailleurs possible pour trouver ou fonder La Solution qui mettrait tout le monde d’accord ? Quand je faisais mes « classes » à l’entrée de ma vie active, il m’est arrivé d’avoir un Directeur de Colo qui me laissa (encore aujourd’hui) une leçon de vie difficile à prendre en défaut : nous n’avions que des enfants de la DASS (cas sociaux de toutes sortes possibles et inimaginables) et étions basés à Etretat. Les mômes passaient leur temps à se balancer des galets (de toutes tailles !) à la figure. Les plages d’Etretat en sont essentiellement constituées. Lassés de servir de bouclier aux uns et autres, nous apprîmes du boss cette loi simplissime du détournement : en pleine bataille rangée, il ramassait lui aussi quelques pavés et les lançait au loin vers l’horizon en hurlant :  » voyons qui arrivera à me dépasser ! ». Les visées se détournaient de leurs cibles collègues pour tenter de dépasser le Chef et nous eûmes moins de blessures à panser. A nous d’inventer les variantes les plus « performantes » (Combien de ricochets de plus que moi ??) pour maintenir la paix. Simpliste et inapproprié sans doute. Mais faut-il pour autant renoncer à trouver la solution ?

    • trente-trois dit :

      Ma solution est en deux étapes et je n’ai pas encore publié mon billet pour ne pas mettre de l’huile sur le feu:
      – divorce total d’avec les arabes de Gaza
      – réorienter le conflit vers ce qu’il aurait toujours dû être: un conflit entre arabes (avec les méthodes autrement plus barbares qu’on leur connait). Apres tout Gaza c’est un problème égyptien. Et les arabes de Judée Samarie, un problème des Jordaniens…

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