Roger, reviens, ils sont devenus fous…

Antenne 2, fin d’après-midi au début des années 1980. Le directeur des programmes décide, pour je ne sais quelle excellente raison, de diffuser régulièrement une chanson qui allait fasciner tous les jeunes téléspectateurs dont je faisais partie…Réécoutons-la, c’est cadeau:

Roger Glover, avec ce tube international et ce clip mémorable, répandait l’amour du prochain et la joie de vivre.
« Love is All » en écho à la ballade de John Lennon, « All you need is love », c’était surtout une sorte d’éducation sentimentale pour afficher sa volonté de trouver le bonheur, tous ensemble, malgré nos différences. Evidemment aujourd’hui cela sonne tellement naïf et désuet, mais à l’époque… »you may say I’m a dreamer, but I’m not the only one »…

Music was my first love

Aujourd’hui, en ce Lag Baomer où la musique est enfin autorisée, je vous propose de revenir sur l’affaire, pardon, l’Affaire, qui a éclaté il y a quelques semaines,en pleine période du Omer justement, et qui restera, hélas, dans les discussions de chacun d’entre nous, pendant encore longtemps.
Pour les détails croustillants de ce dramatique divorce, je vous laisse entre les mains des différents journaux ou blogs qui ont suffisamment (trop ?) écrits sur le sujet.
J’aimerais juste vous faire partager l’idée que le clip de Roger Glover est l’illustration incroyable de l’emballement général autour de cette affaire de divorce.

Un baladin avec une idée bien précise, presque une mission sacrée, celui de l’Amour tout puissant, va répandre « sa » bonne parole auprès d’une population hétéroclite, parfois opposée, et progressivement va parvenir à faire danser tout ce beau monde autour d’un refrain, dans la plus totale confusion.
Dans le dessin animé,  le baladin est notre sympathique grenouille et le message est celui d’un amour fraternel.
Dans notre actualité, le musicien joue d’une mélodie qui appelle plutôt au scandale, au dégoût, à la haine. Mais la succession des tableaux de personnages, qui suivent le mouvement, est le même.
Souvenez-vous.

Le Golden Guet

Un article en ligne publié sur le site d’un quotidien israélien, alerte sur un chantage au divorce religieux. Le texte est violent, dénonçant nommément les autorités rabbiniques impliquées et distille des rumeurs qui éveillent l’intérêt. Le tout sans l’ombre d’un début de preuve.
Depuis,  on apprendra qu’il s’agissait d’un faux-article, écrit par la sœur de l’ex-épouse qui a courageusement pris un pseudonyme pour signer son papier de fausse journaliste. Un texte à charge, mensonger par omission, qui vise clairement à manipuler l’opinion, et qui n’est que la première strophe de la chanson.
Car le refrain arrive bientôt:  Le »rack-guet », le « Guet-Appends », le « Water guet ». Un ami m’a même proposé de le baptiser, devant la somme des 90 000 €, le « Golden Guet » !

Deuxième couplet, une interview, mezzo voce, d’une bien-pensante, sur les ondes juives, relayant le scandale, paraphrasant le faux-article, s’horrifiant de l’extorsion de fonds. Toujours le même refrain et cette fois-ci, ça commence à bouillir sur la Toile et les réseaux sociaux, pas encore dans les synagogues cependant.
Car ce refrain fait écho à de nombreuses histoires, entendues maintes fois, sur des divorces qui se seraient mal passés. Et où l’ex-époux, avec la bénédiction des rabbins, a pu extorquer des sommes ou des privilèges à une femme prisonnière qui n’avait pas d’autres choix.
Terribles situations, pleines de charges émotionnelles.
Et là voilà la grande force de cette chanson populaire qui commence à imprégner nos tympans et envahir les ondes: l’émotion.
Cette affaire nous parle, nous émeut, nous choque.
Encore une fois, aujourd’hui que les chiffres sont publiés, on peut estimer qu’il y a moins de 5% de divorces religieux qui ne se déroulent pas à l’amiable et que parmi ceux là une minorité sont vraiment problématiques. Mais qu’importe la raison, on touche à l’émotion. Qu’importe qu’il n’y ait jamais eu de charnier à Timisoara creusé par le tyran Caeuscescu, jamais de couveuses koweïtienne débranchées par l’armée de Saddam, jamais d’Armes de destructions Massives à la sauce Powell devant l’ONU.

Quand l’émotion est là, que peut-on lui opposer ? Niveau musical, c’est donc gagné, on a un tube !

Money, Money, Money, must be funny…

Troisième couplet, un groupe de gens de la Communauté toujours bien inspirés pour jouer les « chevaliers blancs » surtout envers ceux qui les ont battus aux dernières élections, et qui à défaut de s’élever eux-mêmes aiment bien rabaisser les autres, rajoutent enfin l’image au son. Cette fois-ci les paroles, la musique et l’interprétation sont nettes. Ils le jurent.

Les chœurs qui ont du cœur, se déchaînent subitement et pendant plus d’une semaine au son hypothétique d’une vidéo que finalement personne ne verra.
De la petite ballade, on passe rapidement à un Orchestre Symphonique au Stade de France. Tout le monde reprend le même refrain. Et devient jury façon The Voice avec accord collégial sur les délibérations.
Cela monte crescendo et le ballet se met en place. Mais dans un concert de protestations unanimes. D’ailleurs c’est bien là le seule chose qui réunit cette tourbe gémissante, hétéroclite, improbable.
Regardez plutôt, cette ribambelle se tenir la main autour du même refrain: Des opportunistes flairant le bon coup, derrière ce faux-pas (féministes dogmatiques, libéraux, laïcs), des ambitieux politiques (à la veille d’élections consistoriales) qui récupèrent et instrumentalisent, des revanchards (ex-épouses ayant gardé une dent dur et une plume de romancière), des abrutis joueurs de pipo, mais aussi de bonnes pâtes, des « idiots utiles », et des amis, qui honnêtement, sans aucune arrière-pensée que de vouloir la vérité, demandent à lire le Livret que le Chef d’orchestre, taiseux il faut bien l’avouer, tarde à remettre.

Pensez au clip de Roger Glover lorsque toute la sympathique équipée porte un masque. Le masque se dit Hypos en grec et cela a donné en français…hypocrite.

La Critique Musicale (L’Express, Le Point, le Canard Enchaîné…) s’empare de la partition, qui n’a jamais été aussi partielle. Le scandale éclate au grand jour.

La fausse note…

D’instruments, il va en être question au moment où la presse juive (Hamodia et Actualité Juive), devant la cacophonie des radios juives (aux interviews précipitées, partisanes et lamentables), mènent l’enquête. Sérieusement.
Les notes ne sont pas aussi rythmées qu’elles en avaient l’air. Des blanches s’assombrissent, tandis que des noires montent d’un octave. L’inflexion est nette.
Le Chef d’Orchestre reprend la main, ce pendant que l’on découvre que les ténors de cette sérénade du scandale, chantent de moins en moins justes. Approximations, mensonges, coups bas, magouilles en coulisses…
Le voilà, notre ballet chaotique, autour du baladin.
Mais il faut croire que chaque époque mérite son ménestrel.
La nôtre invite plutôt à pleurer sur notre piètre répertoire; celui des controverses internes, du scandale public, de la profanation du nom divin.
Une époque qui crie et hurle dans la rue, au lieu de chanter et fredonner à l’abri du vent.
De celle qui confond vitesse et précipitation et ne laisse aucun souffle à son public quand, souvent, les silences du Maestro sont trop nombreux.
Une encore qui n’a même pas la gratification d’avoir un contre-alto de qualité et devant une telle médiocrité, se voit obligée de défendre une Direction d’orchestration qui pourtant méritait de revoir sa programmation; trop confidentielle, trop élitiste, trop immobile, trop vieille.
Car derrière tout ce bruit, a cappricio, a capella, appasionatto, le vrai couplet reste encore à écrire: Celui qui traitera le problème des divorces à sa juste place, c’est-à-dire, non pas uniquement selon la problématique du Guet (dont le chantage est intolérable) mais dans sa globalité (avec presque 1.5 divorce par jour, c’est une gageure). Mais aussi s’inscrivant dans un opéra de réformes nécessaires visant à mettre au pas des faux-raccords bien plus graves, comme celui de la Cashrout, de l’assimilation et de l’antisémitisme.
Ce baladin invisible qui a emporté trop de monde derrière lui, ignorants mais si prompts à aboyer, ne s’entend même plus chanter: qui est encore là pour rappeler combien, on l’a dit, le chef d’orchestre, qui est sensé harmoniser, ne fait que diriger d’une main de fer et sans un mot ? Et que le compositeur avait une idée moins noble de la partition que son titre semblait le proclamer…

Od lo ahavti daï / Je ne t’ai pas assez aimé

L’amour et la haine sont, dit-on, des sentiments proches. Puisqu’il semble que la leçon de Roger Glover n’ait pas été appliquée correctement, mais pour cependant finir en musique sur cet opéra dramatique, je vous propose un hymne à la réconciliation. Un de ceux que chacun devrait régulièrement chantonner à son conjoint puisqu’entre un homme et une femme, l’amour, incomplet, reste toujours à conquérir.

 

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

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