L’absence du Temple, entre Traumatisme et Espoir

Poussin-Destruction-TempleLa destruction du Beth Hamikdach (le Temple de Jérusalem) reste un événement parmi les plus dramatiques de l’Histoire Juive. Si dans un précédent billet, il était fait mention des conséquences encore tangibles de ce désastre, au travers de nos gestes quotidiens, j’aimerais cette fois évoquer la Chute de Jérusalem avec le Dr Philippe AÏM, que les lecteurs du blog connaissent déjà, puisque nous avions déjà commis ensemble un entretien passionnant il y a quelques mois de cela.

Une fois n’est pas coutume donc, et face au réel traumatisme que ces événements ont provoqués dans l’inconscient collectif du Peuple Juif,  je vous propose un second dialogue au travers de cette date fatidique qui allait bouleverser l’existence de notre Nation jusqu’à aujourd’hui et paradoxalement positionner les Juifs du monde entier dans l’attente formidable des temps messianiques, ceux qui verront le 3e Temple rebâti et le Culte obtenir enfin droit de Cité.

(Talmud Bavli, Gittin 55b-56a) :

Il y avait une fois un homme qui avait un ami qui s’appelait Kamtsa et un ennemi dont le nom était Bar Kamtsa, Juifs tous les deux. Un jour, il offrit un banquet et envoya l’un de ses serviteurs inviter Kamtsa au festin, mais ce serviteur se trompa et invita par erreur Bar Kamtsa. L’organisateur du festin voyant Bar Kamtsa assis parmi ses invités, s’adressa à lui dans les termes suivants :
-Tu as toujours été mon ennemi ; que viens-tu faire ici ? Lève-toi et va-t’en !
– Je t’en prie, dit l’invité indésirable, puisque je suis venu et me trouve ici, laisse-moi rester ; ne me couvre pas de honte, je te rembourserai pour la boisson et la nourriture que je prendrai. »
Le maître de maison refusa énergiquement. Bar Kamtsa lui offrit alors de payer la moitié des frais du banquet. Mais cette offre fut rejetée catégoriquement. Bar Kamtsa offrit alors de payer les frais entiers, mais le maître de maison s’empara de lui et le jeta à la porte.

L’homme humilié et dégradé pensa tout bas : « Puisque les Rabbins présents au festin restèrent tranquillement assis sans s’élever contre une telle conduite, il est évident qu’ils l’approuvaient. Je vais m’adresser à l’Empereur et je les attaquerai tous ! »

Il alla vers l’empereur et parla de cette façon : « Les Juifs se sont révoltés contre vous ».
Lorsqu’on lui demanda de prouver la vérité de ses paroles, il dit : « Demandez que l’on offre à Jérusalem un sacrifice en votre nom et vous verrez si votre ordre sera exécuté ou non. »
L’Empereur envoya par l’intermédiaire de Bar Kamtsa l’animal en direction de Jérusalem. L’homme blessa la bête sur sa lèvre supérieure – d’aucuns disent sur sa paupière – et de cette façon rendit la bête inutilisable en tant que sacrifice. Les Rabbins décidèrent, afin de ne pas provoquer la colère de l’Empereur, de sacrifier l’animal malgré sa blessure, mais Rabbi Zaccaria ben Akvilos annula cette décision en affirmant que le peuple serait scandalisé de voir que l’on sacrifiait un animal blessé sur l’autel sacré….

Rabbi Yo’hanan dit : « La piété de Zaccaria ben Akvilos détruisit le Temple, brûla le Sanctuaire et nous exila de notre pays ! »

Mise en Trentaine: A la lecture de ce texte du Talmud fort célèbre qui relate les causes, semble-t-il assez futiles, de l’invasion romaine et de la prise de Jérusalem par les armées de Titus, il y a une question qui me dérange: le faiseur d’histoire, l’instigateur de tout cela, est un parfait inconnu, son nom en est même éludé ! Comment expliquer que le Juif par qui tout cela est arrivé reste à ce point anonyme ? Pourquoi la Tradition, si disserte en patronymes, se permet l’économie de ce personnage pourtant central dans notre Histoire ?

Dr Philippe AIM: C’est vrai, son nom est éludé mais…pas son discours! Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est qu’à chaque étape, les événements évoluent plus en fonction d’une façon de les raconter que des événements eux-mêmes. Un grand thérapeute nommé Watzlawick a dit un jour que « La réalité n’est pas ce qui nous arrive, mais ce que nous faisons avec ce qui nous arrive« . Ainsi un événement n’est souvent que ce qu’on en raconte, « ce que retient l’histoire ». Bon nombre de problèmes arrivent comme ça sur le plan psychologique. Le problème n’est pas toujours dans ce qu’on vit mais dans la façon dont on (se) le raconte. Comment expliquer que la thérapie fonctionne alors qu’elle ne change pas les événements eux-mêmes? C’est parce qu’elle change la façon de les vivre et de les raconter. Notre histoire n’est pas qu’une suite d’événement mais la façon subjective dont ils impriment quelque chose sur nous et dont ils sont racontés et transmis.

C’est ce qui fait dire à Watzlawick et d’autres, d’une part que la causalité n’est pas linéaire, mais circulaire c’est-à-dire que notre passé influence notre présent et réciproquement. Sans cesse. D’autre part que les réalités, notamment sociales, humaines et psychologiques sont construites par nos discours, nos récits, nos conversations.

Mise en Trentaine : Bar kamtsa est donc  invité par erreur, et Mr X est en colère, mais en effet tous les protagonistes de l’histoire n’ont qu’UNE seule crainte, commune, c’est le discours « qu’on aille pas dire que tu as été vu dans ma fête » « qu’on n’aille pas dire que tu m’as humilié en public », « qu’on n’ aille pas dire que l’on a refusé le sacrifice de l’Empereur », « qu’on aille pas dire que l’on immole  un animal impur »…

Dr P.A : Oui et ensuite tout est dans la façon de le raconter: « puisqu’ils n’ont rien dit c’est qu’ils approuvent », « les juifs sont contre vous », une décision typique de la « Loi Orale » de rendre la bête autorisée ou non au sacrifice, et au final comment la peur du chuchotement populaire, du qu’en dira-t-on, pousse Zakaria ben Avkilos à « prononcer » un décret aussi extrême.

A chaque point de l’histoire, si on prend le même événement et qu’on le « raconte » un peu autrement, qu’on prononce d’autres mots, l’histoire change.

MeT: Ces propos peuvent surprendre, peut-on imaginer que tout est construit par le discours quand on parle d’événements de l’histoire juive de cette teneur ? Il y a eu destruction, pillage, extermination : ce n’est pas juste de la sémantique, c’est de massacres dont il s’agit.

Dr P.A : Sur ce sujet tout peut s’entendre. J’ai déjà posé cette question à certaines personnes instruites en Torah qui ne voyaient en ce discours qu’un « habillage », le décret de Rabbi Zaccaria ben Akvilos que comme un « canal » par lequel le décret divin devrait s’appliquer de toute façon.

Mais l’idée que la parole porte en elle une réalité peut aussi parfaitement s’entendre. D ieu crée par la parole, et mon interprétation du « bétsalménou kidmouténou » est que l’homme aussi par sa capacité de parole peut créer des réalités. Regardons le pouvoir de l’alliance prononcée entre deux personnes ou entre l’homme et D ieu (Brit milachon bria dit un célèbre commentateur), regardons le pouvoir des vœux qu’il faut annuler et parfois toute la lourde procédure pour quelques mots prononcés… Le judaïsme est rempli d’exemples qui démontrent, et pas seulement dans son volet mystique, que le langage crée une réalité puissante. « Abracadabra » pour les amateurs d’araméen…

MeT: Mais tout de même il y a ici une réalité des faits! Bar Kamtsa se fait humilier en public quand il conçoit sa vengeance, non? Allez-vous dire que quelqu’un qui a subi une telle humiliation, voire des violences manifestes (viol, deuil ou autre), ne va mal que parce qu’il raconte mal?

Dr P.A : Il n’y a pas de mauvaise façon de raconter, il y a la façon dont on peut le raconter. Quelqu’un va mal parce qu’il souffre. Par ce truisme je veux dire que globalement les personnes font ce qu’elles peuvent, et que la souffrance déforme aussi nos façons de voir. C’est parfois pour ça qu’il y a besoin d’aide. Rabbi Zaccaria ben Akvilos fait un décret aux conséquences terribles, mais j’ai l’impression qu’il n’est pas capable de faire autre chose…et il agit seul, seul contre tous, là aussi est une partie de son erreur.

MeT : L’action individuelle, isolée en effet, de Rabbi Zaccaria ben Akvilos est un sujet en soi mais avant cela, reconnaissons qu’à l’échelle de la Nation juive, la perte du Beth Hamiqdach relève d’un traumatisme au sens premier. Précisément d’ailleurs que se passe-t-il dans un traumatisme et comment, comme nous le voyons à la fin du Traité Makot, un Rabbi Akiva peut-il trouver l’énergie de rire tandis que ses confrères, prostrés sur le sol désolé des ruines encore fumantes de Jérusalem, se lamentent : Y-a-t-il ici aussi le Verbe uniquement qui est en action, cette façon de dire les évènements, ou s’agirait-il aussi de paramètres supplémentaires ?

Dr PA : Je vais vous donner ma vision des choses (que les confrères me pardonnent de cette vision peu classique par certains aspects).
La Destruction du Temple est un traumatisme pour le Peuple juif, au sens d’un corps homogène. Cela ne fait aucun doute.
En effet quand un traumatisme nous frappe, notre monde s’écroule, on est exposé à la souffrance, la mort, l’humiliation, on se sent anéanti. Si le monde s’écroule, si je me sens anéanti il ne reste que les autres (Moi, les autres, le monde est une triade qui représente les interactions essentielles). A ce moment-là, l’attitude des autres justement est déterminante. Sans sécurité en lui-même (il se sent anéanti), sans sécurité offerte par l’environnement (qui vient de l’agresser), il cherche un « tiers sécure ». Si ce tiers sécure amène sécurité et protection, le trauma peut être évité, si ce tiers sécure faillit, le trauma peut se constituer.
« Maman, papa m’a frappé (ou pire…) » « Mais non / tais-toi / tu dis des mensonges / il ne faut pas en parler, etc », voilà bien les germes à un traumatisme profond et redoutable.

MeT : Sans rien enlever à l’horreur que font subir les traumatiseurs, la défaillance du tiers sécure vécue par le traumatisé est déterminante et ce qui peut se passer de plus gênant…Dans le traité Makkot si Rabbi Akiva se veut joyeux c’est parce qu’il aurait trouvé dans les versets des Prophètes cette béquille salvatrice qu’il nous lègue en quelque sorte : cette aspiration aux Temps Messianiques et à la Rédemption. Mais dans notre histoire de Kamtsa et Bar Kamtsa, où se trouve ce « tiers sécure » ?

Dr P.A : Le tiers sécure est une figure tutélaire ou d’autorité, par exemple, chez les militaires traumatisés, la reconnaissance de l’armée est fondamentale. En revanche il me semble à moi que pour Rabbi Akiva,  le tiers sécure est D ieu lui même. La prière peut parfois être source de sécurisation, la foi peut être source de sens, et donc D ieu est le tiers sécure. Ici, ce qui donne sens est la volonté qu’il a d’accomplir jusqu’au bout la volonté du Nom. Le texte de Makot nous informe qu’il est sans angoisse, car il sait qu’il fait une mitsva ultime qui inonde de sens toute son existence. Pour revenir au texte de Gittin, il me paraît ici évident en l’occurrence que le tiers sécure sont « les rabbins » – ne sommes nous pas à l’aube du judaïsme rabbinique ?-, chez qui Bar Kamtsa ne trouve aucune « réassurance ». Et c’est là que sa souffrance va trouver cette forme d’expression. Une vengeance certes mais qui ressemble à une autodestruction puisque « tout le monde » y passe. Les pulsions autodestructrices sont fréquentes dans le cadre du traumatisme…

MeT: C’est intéressant ; du traumatisme aggravé de l’individu jaillit le traumatisme d’une nation toute entière ! De l’absence d’un tiers sécure (le silence embarrassé de Rabbanim) résonne l’écho de la violence d’une armée impériale en marche…
J’ai une autre remarque à formuler sur cette histoire. La fameuse confusion entre Kamtsa et BAR (fils de) Kamtsa, si ça se trouve c’est entre…le père et le fils ! Ne serait-ce pas un complexe d’Œdipe détourné ?

Dr P.A : L’idée-force d’Œdipe de « tuer le père », en somme ce qui revient à dire, dépasser la rivalité naturelle avec son père pour avancer sur son chemin peut être intéressante. C’est indéniable. On peut se construire par l’exemple ou par le rejet, faire quelque chose qui ressemble ou qui s’oppose à ce que fait notre père.
L’idée est toujours de construire son autonomie. Et voici un point qui fait entre autre que je n’aime pas l’anthropologie psychanalytique: c’est une anthropologie du conflit, de la rivalité, où l’on ne pourrait se construire qu’en triomphant en somme de cette rivalité.
J’ai parlé plus haut de l’importance de la « sécurité », je pense que la collaboration, la sécurité doit précéder l’autonomie et la rivalité. Un enfant a d’abord besoin de sécurité pour devenir autonome, vouloir le pousser dans l’autonomie avant qu’il ne soit en sécurité est angoissant. Regardez, on lui donne la main, on lui dit « vas-y marche, je suis derrière toi », s’il se sent sécurisé, il ose et devient autonome, s’il est dans un espace sécure, alors seulement il peut s’émanciper. C’est la proximité, l’autonomie, la collaboration qui nous fait avancer. L’autre n’est pas seulement un concurrent, il est même plus qu’un autre avec lequel j’interagis, il est un semblable avec lequel je collabore, construis et m’identifie.
S’ils sont père et fils, quel lien y a-t-il pour qu’ils se créent des ennemis et des amis au même lieu? Quelle transmission? Quelle collaboration?
« Bar » Kamtsa ne trouve pas de sécurité dans son ascendance (pense-t-il seulement à la rappeler?), ni dans ses ressources propres (sa « négociation » qui échoue), ni dans un tiers sécure: les rabbins présents. Vous me permettrez pour revenir à la question du départ de trouver ici un argument en faveur de mon idée selon laquelle l’attitude du tiers sécure est autant voire encore plus déterminante dans la constitution du trauma psychique: l’agresseur n’est pas présenté, le tiers sécure et sa faille sont nommés: les représentants rabbiniques.

MeT : Toujours dans les questions qui surgissent à la lecture de ce passage,  la blessure du sacrifice dont le texte semble hésiter : l’œil ou la bouche, la vue ou la parole, précisément les deux seuls sens que l’on peut ouvrir ou fermer a volonté, et qui ont leur pendant évident dans les interdits du Lachon Ara et du ‘Ayin Ara, c’est-à-dire les blessures que l’on peut infliger à l’Autre en détournant des gratifications de D-ieu : le Verbe et l’Image.

Dr P.A : Ce que cela m’évoque sur le plan psy (puisque je suis là pour ça!) ce sont les deux modalités de communication décrites par les systémiciens. La communication digitale d’une part (les mots prononcés, le discours) et la communication analogique d’autre part : le paraverbal (ton, prosodie etc.) et le non verbal (mimiques, gestes, postures). Le digital peut plus facilement tricher que l’analogique, je peux dire « tout va bien » mais mon ton, mon expression peuvent me trahir facilement (c’est ce qui fait le talent des comédiens, savoir transformer le langage analogique, pas juste apprendre un texte, et ainsi « entrer dans la peau du personnage » et nous faire vivre une émotion).
Ici est-ce l’œil ou la lèvre ? Ce qui est dit, et pour lequel Bar Kamtsa tente de garder sa dignité, ou ce qui est perçu, vu du ressenti réel de cet homme blessé?

MeT : En fait donc le premier sacrifié n’est pas la bête envoyée par Rome mais bien Bar Kamtsa qui inflige en retour les mêmes stigmates dont il a été victime : l’œil ou la lèvre…Lui qui perd sa dignité (son apparence, l’œil) dans le plus déplorable silence (celui des rabbanim, la lèvre) renvoit dans cette offrande sabotée un cri de revanche aux Autorités, comme pour leur rappeler leurs fautes.
L’histoire de la Guemara nous enseignerait donc, non pas l’action du fauteur initial (dont le nom est carrément éludé), mais la non-action des figures traditionnelles du tiers sécure, c’est-à-dire, l’inertie coupable des Rabbanim présents au banquet.
D’ailleurs en repensant aux évènements, à leurs rythmes, à leurs conséquences démesurées, aux conclusions incroyables, ne sommes-nous pas constamment ballotés d’un extrême à l’autre : la concertation stérile d’un collège de Savants qui au final n’aboutit qu’à l’immobilisme complice, laissant place à une rage totale et destructrice, amplifiée par un zèle malvenu de la part d’un seul Sage qui se retrouve accusé pour l’éternité de toute cette catastrophe…

Pensez en effet à ce pauvre Rabbi Zaccaria ben Akvilos, condamné pour la postérité par un salve lapidaire de Rabbi Yoh’anan tandis que le premier fauteur est complètement noyé dans l’anonymat.

Il n’y a pas de demi-mesure, la tension est insoutenable à chaque étape de cette histoire, tout est décidément disproportionné.

Dans l’histoire juive, d’autres personnages se sont rendus célèbres par leurs zèles inattendus et leurs prises de décisions soudaines. Prenons par exemple Pinh’as dont le double meurtre a sauvé le peuple, mais aussi reconsidérons Tseloph’rad ou même Zimri ben Salou justement : mus par de nobles sentiments leurs actions isolés les a conduit à leurs pertes à tout le moins. Que dire de Bar Khorba et de bien d’autres. Au final, et hormis Pinh’as qui fait figure d’exception, le zèle religieux, explosif, inattendu, serait plutôt source de destruction non ?

Dr P.A : Dans nos têtes aussi la rigidité, l’absence de nuances nous détruit et détruit nos relations. Comme je le disais plus haut, souvent la thérapie ne peut pas changer la réalité, mais juste la façon de la voir, la façon dont on la raconte. Si on n’a qu’une version sans nuance, on est coincé. Gregory Bateson (anthropologue, thérapeute et fondateur de l’école de Palo Alto) disait que la thérapie consiste à donner des choix. Le patient anxieux, déprimé, malade, a une vision univoque de la réalité; il ne voit pas d’issue parce qu’il n’a pas de choix dans sa façon de voir les choses (et de les raconter). Plus rien n’a de sens autre que cette angoisse. Il est dans l’extrême tension.
Y a-t-il plusieurs choix et plusieurs avis? Dans le Talmud évidemment. La question est que doit-on en faire. Je recommande à tous les lecteurs d’écouter et de réécouter les EXCELLENTES conférences d’Emmanuel Bloch sur Akadem qui retracent les lignes essentielles de 3000 ans de pensée juive. Il me revient l’idée que le Talmud a probablement été un texte descriptif avant d’être un texte juridique, et une discussion dont parle Emmanuel sur une michna du traité Edouyot: la question est, à quoi sert de ramener dans le Talmud les opinions minoritaires, non retenues pour la halakha? Selon un avis, les opinions minoritaires sont amenées pour pouvoir être rapportées si elles sont nécessaires aux circonstances, la halakha (qui vient donc bien de holekh) étant évolutive. L’autre opinion est que les opinions minoritaires sont ramenées…pour être rejetées! Dans le cas où elles viendraient à l’esprit de quelqu’un plus tard, on pourrait lui dire que cette opinion existe, qu’elle a bien été déjà pensée et rejetée. Cette michna est d’une grande actualité alors que la modernité face à nos traditions nous tiraille, alors que les positions se durcissent, que les discours se rigidifient parfois jusqu’à l’intolérance…

MeT: L’opinion contradictoire est-elle une opinion juste rivale, utile à écraser, ou bien une opinion avec qui on collabore pour se faire une pensée plus juste : de cette orientation peut-on alors se poser la question si la collaboration ouvre la voie à la consolation et la guéoula ou alors en serait elle la conséquence ?
Dr P.A: La rigidité et le manque de collaboration a détruit le temple, la réconciliation sera présente à sa reconstruction, voire sera sa reconstruction. Je pense à la fin de la Bible. Le dernier des prophètes, le dernier livre du Tanakh est Malahi, et rappelons-nous des deux derniers versets: « Hiné anokhi sholéah lakhem etc. » (Voici je vous enverrai) : la délivrance, Eliahou, le Temple.
Cela devrait s’arrêter là. Happy End !
Et bien non, le verset suivant surprend et émerveille : »véhachiv lev avot al banim » (il rapprochera le s cœurs des pères vers leurs fils).
La réconciliation est le point final, comme si elle était encore plus importante que la délivrance. Comme si elle était la délivrance.

Remarquons que c’est la réconciliation en l’occurrence du père et du fils (lev avot al banim), peut être celle qui fait qu’on aura plus à confondre Kamtsa et Bar Kamsta…

betHamikdach

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

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