« Tout le monde a raison »…sauf celui qui s’y oppose !

Nous vivons une époque formidable. Ardisson n’avait pas tort en intitulant l’émission de la decennie passée « Tout le Monde En parle« . Mais il était encore en deçà du vrai slogan que le publicitaire talentueux qu’il fût aurait dû populariser. Car, à la vérité, nous sommes dans une société où la perception du régime démocratique laisse à penser que, puisque tout le monde peut s’exprimer, alors tout le monde à raison. Vraiment. Non pas que plus personne n’a tort. Ce serait trop beau. Mais plutôt que plus personne n’ose jeter aux ordures les « opinions » scandaleuses et les déviances dangereuses en ayant l’outrecuidance de les nommer comme telles.  Le courage s’est dissous dans le consensus mou. Oui tout le monde peut dire ce qu’il veut et sa parole a même valeur que n’importe quelle autre. Tout est dans tout; la bêtise comme l’intelligence, l’opinion personnelle comme la réalité objective, le mensonge comme la vérité;  et rien ni personne ne peut s’y opposer au risque d’apparaître comme un censeur fasciste ou un ennemi de la Liberté chérie. Splendide paradoxe : la « libre parole » parvient à neutraliser tout discours éclairé; le « bruit » étouffant la pure mélodie; et la chahut des élèves annihilant la leçon du maître. Victoire par KO. J’exagère à plein tube, vous pensez, n’est-ce pas ?

Alors pour illustrer cette orientation que j’estime continentale, voici un exemple qui s’est déroulé la semaine dernière, le 22 aout, sur les ondes de Sud Radio et qui est symptomatique je pense, de la tendance qui sape notre société européenne depuis l’invasion du « politiquement correct » il y a 30 ans.

De quoi s’agit-il ?

De l’affaire DSK – quoi d’autre évidemment ? -, qui après sa relaxe au pénal dans l’affaire qui l’opposait à la pour le moins mythomane Nafissatou Diallo, femme de chambre au Sofitel de New-York, a provoqué un petit raz-de-marée sur les forums Internet, et comme on va l’entendre, sur les ondes pourtant moins suspectes ou sujettes à ces pestilentielles rumeurs, que l’on nommera pudiquement « dérapage » :

Tendez l’oreille et comptez le nombre de fois où cet apprenti-sorcier d’animateur (Éric Mazet) invoque la « liberté de parole », le nivellement des opinions, le foireux « j’ai le droit de le dire et de le penser« …Les alertes, à la fin explosives, d’un vieux routier comme Michel Cardoze (ou même d’un Ménard), qui rappelle à juste titre où tout cela va mener si l’on continue, mais qui n’ont pourtant que peu d’effet. La « nausée » provoquée par ces auditeurs, qui ont passé avec succès le barrage du standard et ont pu déverser à loisir leur courtois venin avec l’assentiment d’un Mazet complice, n’est plus à ranger que dans le tiroir fourre-tout de la « liberté d’expression ». Mieux, l’animateur, inconscient, incite même à appeler la radio pour mesurer …la lame de fond antisémite, trop heureuse de l’appel d’air « DSK » ? On n’en est pas loin. Mais puisque tout le monde à raison. C’est ça la démocratie, non ?

Alexandre Adler (qui est très haut perché dans mon Panthéon personnel),  il y a une dizaine de jours, invitait les participants à une conférence à bien se rappeler des « audaces » que cette misérable affaire DSK a libéré. Oui, souvenons-nous des « salauds »- je cite Adler – qui se sont permis depuis 4 mois ouvertement de vomir les poncifs éculés mais toujours percutants de l’antisémitisme des années 30, de ne voir en la libération de DSK, ce j.u.i.f effrontément r.i.c.h.e, que la main puissante de l’invisible mais omnipotent « lobby juif »  (et pourtant sacrément lent, 4 mois pour faire plier le procureur !?!), de rappeler comment Benjamin Brafman, dont la presse qui nous veut tellement de bien souligne à loisir sa première vocation de rabbin, s’est épuisé à détruire l’accusation de la « victime » alors qu’il ne s’agissait que de la « plaignante », à vouloir salir une honnête femme tandis qu’il acceptât de défendre, à des tarifs scandaleux, un monstre obséquieux.

DSK, même innocenté est coupable. Pas de ses basses pulsions déshonorantes, mais, pire, de ses hautes accointances tribales.
L’israélite qu’il représente est une pièce de choix de l’Internationale Juive qui défend bec et ongles ses membres, au mépris d’une justice aveugle et méritée. L’argent est roi et les Juifs, ces Strauss-Kahn, ces Sinclair, ces Brafman, ont de l’argent. La Pieuvre Hébraïque étouffant de ses tentacules aux ventouses en forme de billet vert,  les nobles réclamations de la pitoyable femme de chambres noire et musulmane, symbole du sous-continent doublé de la sous-culture : Quel boulevard pour les antisémites ! DSK est-il coupable ? Le Juif est un obsédé sexuel (relisez Freud!). Est-il innocent ? Conséquence manifeste du fameux « lobby juif » vous dit-on. De toute manière quand on voit son appartement à 50 000 USD alors qu’en Afrique il y a la famine…
« Ben quoi? Si je le pense, j’ai droit de le dire
 » et « Attention dire qu’il y a un lobby juif ce n’est pas être antisémite » : deux leitmotiv de toutes ces logorrhées, à Sud Radio ou ailleurs. Sempiternelles justifications déculpabilisantes. Éternelles preuves d’honnêteté intellectuelles lorsqu’il ne s’agit que du vernis dissimulant la haine.
Une haine séculaire, inculte, crasse. Populaire comme le rappelle Cardoz.
Une haine aux racines centenaires, jamais complétement déracinée. Attendant furtivement les aléas de l’actualité pour se travestir en « réactions spontanées », « libération de la parole », « catharsis de la foule », « exutoire salutaire ». Les forums sur la Toile et les émissions de « libre antenne » deviennent alors le théâtre de ce triste spectacle, et le jouet de ceux qui opportunément s’en servent comme tribune inattendue. Et terriblement efficace.

Concernant Sud-Radio, je ne connais pas ce Eric Mazet; difficile donc de juger une personne sur 5 minutes d’antenne, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’est pas équipé intellectuellement, culturellement, historiquement, civiquement, politiquement (au sens noble) pour orchestrer les interventions anonymes d’une émission de ce genre. Si je persiste à le croire dangereusement naïf, et pas volontairement complice, il fait alors le jeu des extrêmes qui vont parasiter ce véhicule d’opinions pour propager leurs idées. Pire, en véritable pompier pyromane, il sollicite ses auditeurs à abonder dans le sens des raclures qui se sont déjà par trop exprimées. Sans être coupées.

« TOUS les avis peuvent être RESPECTABLES. Mais où est le mal de laisser s’exprimer des auditeurs? Eux aussi en ont le droit de dire des choses FORTES ! Disons les vrais mots, les VRAIS MOTS ! Sinon ça veut dire qu’il ne faut rien dire et ENFOUIR tout ça ? »

Et Cardoze dans tout cela ? Le malheureux, bien que vociférant sur la fin, est en minorité et il n’est jamais bon d’avoir raison tout seul. Et ce petit incident l’illustre bien malheureusement.

Car elle est difficilement taisable cette libre parole que revêtent , en opportunistes, les antisémites aux aguets. Elle est redoutable parce que s’y opposer, c’est apparaitre – et d’abord à ses propres yeux – comme un réactionnaire, un fasciste, un dogmatique, un autoritaire. Un rétrograde qui n’a rien compris au sens de l’Histoire. Elle est sournoise aussi, puisqu’elle nivelle en un magma informe, mais à la couleur de la majorité inculte et en l’occurrence antisémite, toutes les idées, tous les arguments, toutes les preuves. Elle est séduisante car elle nous abreuve jusqu’à l’ivresse de l’illusion du savoir et de la science infuse. Elle est pourtant facile puisqu’elle crédite chacun d’entre nous de l’opinion qui ne demande qu’à être entendue par tant d’institut et de « mouvements participatifs ». Elle est hélas mauvaise puisqu’elle promeut l’ivraie au rang du bon grain. Mais après tout, au bout compte…On est en démocratie. Tout le monde à raison.

Plus généralement, Dieudonné, Soral, Nabe et Faurisson pour ne citer que les plus médiocres, exploitent déjà à l’excès ce filon pour se défendre de toute atteinte aux « valeurs sacrées de la République », qu’ils honnissent pourtant à mots couverts.  Mieux (ou pire), ces tristes personnages qui ne méritent plus leur statut de citoyens, vont même jusqu’à revendiquer une œuvre de salubrité publique: tendre l’oreille à l’odieux, c’est mesurer son ampleur. Porter le regard sur l’immonde, c’est ne pas fermer les yeux sur la ‘réalité de peuple’. Répéter les immondices, c’est favoriser la diversité des opinions – pré-requis à une saine démocratie. Salubrité qu’on vous dit !
Mais ce serait une grave erreur de croire que cette « tactique » qu’auraient trouvé les antisémites et extrémistes de tout bord ne s’emploie que dans ces cercles détestables, et que l’hypocrisie dont ils font montre n’a de finalité que pour leurs sous-développés partisans. La tendance est plus large, et sa visée, plus globale.

Qu’il y ait des antisémites en France, n’est pas une nouvelle digne de ce nom. Mais que des citoyens lambdas, comme cet inconnu d’Éric Mazet, les laissent s’exprimer, ne réagissent pas, pire, les défendent au nom du respect démocratique et de l’égalité citoyenne, là est la pénible question.
Je ne suis pas un fan de Zemmour mais lorsque je lis son poignant « Petit Frère« , qui est un faux-roman est un vrai essai, je ne peux pas lui donner tort lorsqu’il fait dire à son personnage, dandy cinquantenaire de la gauche caviar, que les années 80 ont consacrées l’expression de l’individu au dépend du groupe. Le Moi revendiqué et prioritaire sur le Nous. En oubliant criminellement de qualifier cette individualité. En promouvant la diversité tout en ne vérifiant pas sa compatibilité avec les valeurs républicaines.
C’est à partir de cette époque,celle qui m’a vu grandir, que la Démocratie a été détournée très légèrement mais suffisamment pour favoriser un régime non pas d’Unité mais d’unités, agglomérées et indépendantes, revendicatrices et incultes, se sentant légitimes à juger sur tout et n’importe quoi. Surtout lorsque l’ignorance et le sens civique aurait imposé le silence. Surtout lorsque des courants mal-intentionnés les utilisent comme un berger dirigerait son troupeau bêlant.

Et le sens civique alors ? L’esprit citoyen ? Mais honnêtement, qui se souvient encore de ses cours d’éducation civique ?

Le mal était fait, tapi dans ce souffle de liberté porté par un Mitterrand, qui succédait à une oppression engoncée dans les traditions « vieilles France » du couple Giscard/Barre.
Les langues se sont déliées. Pour le meilleur au début, bien sûr. Pour le moins bon ensuite.
Ce qui aurait fait bondir n’importe quel citoyen il y a 30 ans, ne soulève qu’un faible intérêt aujourd’hui. Sans porter de jugement (puisque tout le monde à raison), des sujets de sociétés comme les sites de rencontres extra-conjugales, le mariage des homosexuels, puis leur droit à adopter; l’invasion du Stade de France par une foule de fils d’immigrés naturalisés, sifflant la Marseillaise, les revendications sur le voile intégral ou les Quick Hallal; tout cela  n’auraient jamais été toléré sur le sol national d’autrefois. Que dire du fiasco de l’Éducation Nationale, qui avec son armée de jeunes professeurs pétris de bons sentiments, n’instruit plus mais s’adapte. Se modernise en s’ouvrant à d’autres cultures, bien qu’oublieuse de la sienne. Et échoue sur tous les tableaux.
Mais il faut vivre avec son temps, n’est-ce pas. On est en démocratie. Puisque tout le monde peut s’exprimer alors tout le monde à raison.
J’avais il y a quelques mois déjà évoqué cette dérive des vraies valeurs démocratiques, lorsque des plumitifs, effarés puis jubilants des révolutions, s’extasiaient d’avance sur les prochaines démocraties arabes.

La meilleure prof de français que j’ai eu la chance et l’honneur d’avoir, Madame Suzanne Palasti, réfugiée hongroise ayant fui la dictature soviétique, nous disait entre autres:

Le pire qui puisse arriver à la Liberté, c’est qu’on la confonde avec le laxisme; ce qui aboutit inexorablement à sa disparition

Et ce n’était pas faire honneur à la Liberté et à la Démocratie que de proclamer un « laisser-faire » à tous les étages. Que de valoriser la différence en n’ayant pas le courage d’en faire la distinction entre apport extérieur enrichissant  et prétexte de fainéants hostiles. Une puis deux générations de Français, dont je fais partie, ont été nourris à cette culture du « Tout le monde à le droit de… » sans même vérifier préalablement si justement, le Droit Républicain s’y accorde en effet.

Où s’arrête la libre expression et où commence le délire ou la diffamation ? La limite est pourtant clairement définie, et c’est celle que trace la Loi. Mais si nul n’est censé l’ignorer, qui la connaît réellement ? Michel Rocard, sur le plateau du Grand Journal de Canal+, s’est exprimé ce soir sur les déclarations de Ségolène Royal et à déclaré il y a quelques minutes :

« Nous sommes dans une société de libre expression, le droit de dire n’importe quoi est un droit fondamental de la personne humaine »

Eric Mazet, cet animateur-amateur  de Sud-Radio est l’enfant de cette civilisation laxiste. Il dit n’importe quoi et en est presque fier.  Il croit défendre la liberté d’expression tandis qu’il favorise ses fossoyeurs. Il revendique la vivacité du débat alors qu’il contribue à noyer le sujet. Il se veut le héraut de l’opinion affranchie ce pendant qu’il charrie la fange puante de l’Histoire. Ressuscitant les pires ombres de la Nation.

Je n’aime pas les alarmistes, entre autres parce qu’ils l’ont l’avantage d’avoir raison un jour ou l’autre, mais si l’on n’y prends garde, la société aura tôt fait de devenir une énorme classe de 3eB du collège Debussy, en pleine ZEP d’Aulnay-Sous-Bois. Là où la voix des élèves pèse autant que celle de leur maîtres. Là où tout le monde à raison, et où au final, la loi des plus violents quoiqu’incultes règne sans partage et sans remords. Là encore où un professeur ne peut pas qualifier un torchon bâclé de « travail de cochon » sans risquer de se voir exfiltrer de l’établissement, dissimulé dans le coffre de la voiture d’un collègue empathique, afin d’éviter de se faire tabasser à la sortie – puisqu’ insulte raciste envers les musulmans (histoire vraie).

Je ne suis pas fier d’avoir écrit ces lignes. Quand je les relis, ça me rappelle pas mal de textes pourris des sites extrémistes. Anti-démocratiques. Partisans d’un régime fort où plus personne ne peut s’exprimer. Où seule une élite invisible et incestueuse détient le pouvoir. Mais je ne  me sens qu’à moitié coupable. Le manque de courage politique de nos dirigeants et la génération actuelle qui en résulte, me les fait condamner pour l’autre moitié au moins.
Certes Ardisson n’était pas aller jusqu’au bout pour le titre de son émission, mais peut-être que son ennemi télévisuel juré,  Marc-Olivier Fogiel avait vu, lui, parfaitement juste en intitulant la sienne « On ne peut pas plaire à tout le monde« . En effet, si « fâcher » les consciences vicieuses et les esprits mauvais est le  prix à payer pour affirmer haut et fort où se situent la vertu et le vrai, alors il n’y a pas à hésiter plus longtemps. Réhabiliter l’évidence qu’une opinion isolée ne peut pas, ne doit pas se placer au même niveau que le fruit d’une réflexion plus large, issue de l’histoire, capitalisant sur les échecs passés, favorisant les succès d’hier. Une réflexion autorisée et validée par les faits et les hommes. Refuser de prendre ce courage, nier cet impératif, c’est abandonner à l’agora inculte et condamner à la ruine violente, les merveilles de la pensée multimillénaires. C’est reproduire les mêmes erreurs du passé. C’est abandonner par couardise sa civilisation à l’esprit de Munich dont on ne connaît que trop les conséquences funestes…et dont encore et toujours les Juifs sont les premières victimes.

PS: la chronique idoine de Sophia Aram sur France Inter

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

One Response to « Tout le monde a raison »…sauf celui qui s’y oppose !

  1. Madeleine Bigot dit :

    JE suis certaine que la victime de l’affaire DSK est DSK lui-même.
    JE suis goy et pas antisémite (ni raciste) du tout.
    JE suis végétarienne par respect de la vie.
    Et surtout : JE SUIS FAROUCHEMENT PRO ISRAÉLIENNE.

    Je répète le titre d’un bouquin de je ne sais plus qui :
    C’EST MON AVIS…
    ET JE LE PARTAGE !

    Toujours heureuse de vous lire cher ami.
    À bientôt.
    M.B.

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