Yentl ou le kaddish des femmes

  Souvenez-vous, dans le superbe film Yentl, le personnage joué par Barbra Streisand assiste à l’enterrement de son père. A un moment, le rabbin présent à la cérémonie demande qui, parmi les hommes et en l’absence de fils,  doit réciter le Kaddish (une prière prononcée, mais pas uniquement nous allons le voir, au moment des décès). Et c’est Yentl qui, à la surprise et à l’effroi de l’assemblée,  annonce qu’elle s’en chargera, saisit le Siddour (livre de prières) et commence, en pleurs, à réciter le Kaddish pour son papa.

Cette scène est assez célèbre pour avoir propagé l’idée – déjà fortement répandue – que les filles d’un défunt ne peuvent pas réciter le Kaddish sous peine d’enfreindre un interdit religieux.

Inutile de rappeler combien le Kaddish est ancré dans la culture populaire même profane: un homme, disons occidental, normalement constitué et correctement alimenté, de confession aléatoire, a déjà entendu parler du Kaddish et de sa vague description: la prière des morts chez les juifs.

Mais est-ce vraiment cela ? Que disent la Halacha (loi juive) et l’Histoire juive sur ce point ? Avant même de savoir si une fille peut ou non réciter le Kaddish, qu’entend-on par cette prière et quand la prononce-t-on ?

Le Kaddish : Une prière mortuaire. Vraiment ?

Tout d’abord il y a plusieurs variations du Kaddish – on en compterait jusqu’à 6 dont le très méconnu Kaddish Yah’id que l’on peut réciter tout seul. Pour fixer les idées présentons ici une traduction sur les paragraphes communs à presque toutes ces déclinaisons :

Que le Nom sublime (de l’Éternel) soit exalté et sanctifié
L’assemblée répond : Amen.

En ce monde qu’Il a créé, selon Sa volonté ;
Que soit établi Son règne [Séfarades, Sefardes : qu’Il accomplisse Sa délivrance et permette la venue de Son Messie].
L’assemblée répond : Amen.
Que cela se réalise bientôt, de nos jours et au vu de tout Israël, et dites :
L’assemblée répond : Amen,
Que Son Nom sublime soit béni à jamais.
Que le Nom du Saint béni soit-Il soit loué, glorifié, magnifié, et exalté,
L’assemblée : Ashkénazes : Son nom est béni ; Séfarades : Amen.
(Il l’est) au-delà de toutes les louanges et de tous les chants, de tous les hommages et de toutes les paroles de réconfort qui sont prononcés dans ce monde, et dites :
L’assemblée répond : Amen.
Que depuis les cieux se répande la plénitude de la paix et que s’instaure une vie prospère [Séfarades : de satiété, de délivrance, de consolation, de bien-être, de santé, de rédemption, de pardon, d’expiation, et de salut] pour nous et pour tout Israël, et dites :
L’assemblée répond : Amen.
Que Celui qui fait régner la paix dans les cieux, fasse régner la paix sur nous et sur tout Israël, et dites :
L’assemblée répond : Amen.

On le voit tout de suite, cette prière est une louange à Dieu, qui est appelé à être célébré, exalté et glorifié par la maison d’Israël. Il n’y a pas intrinsèquement dans le texte de références au deuil ou à la contrition.

Si ce n’est donc le cœur du texte, peut-être que le contexte historique parviendra à expliquer cette corrélation qui aujourd’hui à la force d’une évidence.

Pour commencer tâchons donc de savoir de quand date le Kaddish. On ne saurait précisément répondre à cette question, d’autant qu’il est probable que le texte eût été originellement en hébreu avant de prendre sa forme définitive en araméen.
Historiquement il semble même que le Kaddish se soit construit sur un besoin de formaliser une prière mortuaire et se soit vu renforcer et institutionnaliser suite à l’événement tragique de la destruction du Temple. Car en effet avant même sa destruction, les épitaphes chrétiennes d’Égypte attestent de fréquentes prières  pour les morts. La coutume s’est sans doute introduite, au 1er siècle avant l’ère vulgaire, dans des communautés juives d’Égypte, comme celles du rédacteur du 2è livre des Macchabées.
Ironiquement  Matthieu 6 et Luc 11 demeurent les sources juives les plus anciennes à l’époque même du Temple. Le ‘Notre Père‘ chrétien a des similarités frappantes avec le Kaddich : la sanctification du nom de D., le désir que le royaume divin s’instaure au plus vite, que la paix céleste s’étende sur le monde «Notre père, dans les cieux, que Ton nom soit sanctifié, que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite sur terre comme au ciel » VS. « Que le Nom sublime de l’Éternel soit édifié et sanctifié selon Sa volonté en ce monde qu’Il a créé Que soit établi Son règne».Tertullien, au troisième siècle, en parle comme d’un usage des communautés chrétiennes naissantes, encore judaïsées.
Le moment où cette prière va devenir presque un hymne national pour le peuple juif correspond à la chute du Temple de Jérusalem. Cette prière, non formalisée, hétérogène, va prendre une nouvelle perspective avec ce drame majeur. Et tous s’accordent à dire que, en effet, le Kaddish tel qu’il nous est parvenu, est une prière perpétuant le souvenir du Temple de Jérusalem (le Beth Hamiqdach) détruit en l’an 68 par les légions de Titus. Ce cataclysme pour le peuple juif, qui ne s’en est toujours pas remis, constitue le trauma le plus dramatique dans l’histoire du judaïsme. Et cette louange, venant rappeler en filigrane cette déchéance et malgré l’appel explicite au salut prochain et à l’espérance de jours meilleurs, installe ipso facto un décor de lamentations, de tristesse et de désespoir.
Car le Kaddish possède toutes les caractéristiques de la Consolation. Or il n’y a pas de plus grand cadre d’expression pour la consolation que lors de la disparition d’un proche.
Le linceul de la culture populaire juive viendrait donc de recouvrir le corps de cette louange et l’envelopperait jusqu’à aujourd’hui d’une aura réconfortante.

Cela donne une autre perspective au choix de l’araméen pour la récitation du Kaddish, car comme l’énonce le Talmud de Jérusalem, traité Sota, : « le Latin est adapté à la guerre, la langue du pays d’accueil aux cantiques, l’hébreu aux discussions et l’araméen aux lamentations ».

D’ailleurs, cette association Glorification Divine/Consolation mortuaire venait combler un manque étonnant car encore une fois, dans la littérature biblique, il n’existait pas de prières spécifiques au deuil. Cette étonnante constatation est attestée par de nombreux exemples.
Dans le Talmud Berakhot (28b), Rabbi Yohanna Ben Zakkaï se lamente avant sa mort, ne sachant s’il se dirige vers la Géhenne ou l’Eden  et il n’est pas fait mention de prières spécifique pour lui. Le Kaddish dans sa spécificité contemporaine n’est donc pas instauré à l’époque talmudique.

Par ailleurs, dans la littérature talmudique, un verset de notre Kaddish est effectivement mis en exergue, mais uniquement pour célébrer Hachem :
Dans Berakhot 3a : « Rabbi Yossi le Galiléen dit trois fois par jour à l’heure où Israël entre dans les synagogues et les maisons d’étude, et répondent Yèhè chèmè hagadol mevorakh, le Saint, béni soit-Il hoche la tête et dit :’Heureux le Roi qu’on acclame ainsi dans Sa maison’ » (voir aussi les commentaires de Tossafot, Maharcha et Yaavetz sur ‘Veonin’)
Dans Sotah 49a – « Rava demande ‘par quel mérite le monde peut-il survivre ? Il répond : « Par le Yèhè Chèmè Rabba’» (formule du Kaddich)
Dans Chabat 119b – « Rabbi Joshua bar Levi et Rabbi Yochanan disent: « le Yèhè Chèmè rabba dit à l’unisson peut influer sur les décrets divins »

A proprement parler, une louange pour le défunt est au mieux l’objet d’allusions:
Pessahim 56a – « Jacob sur son lit de mort répond au Chema dit par ses douze garçons : ‘Yehe chema rabba mevorakh…’ »
Les traités Berachot 3a, 21b, 57a et Soukah 39a y font également allusion.

Un tournant est peut-être pris avec Rabbi Akiva qui dans son Midrach Kallah 2 mentionne des prières pour les morts quand il prescrit au fils du défunt de prier, lui promettant que son père serait délivré du Purgatoire, ce qu’un songe lui confirme. Rabbi Akiva serait donc le premier Tanna à utiliser ce qui s’apparente à notre Kaddish, sans le nommer, ou en tous cas à une prière générique dans le cadre du deuil. Mais tout cela reste assez imprécis.

Il faut attendre le VIème siècle et le Soferim (16, 19, 21) pour contempler la source la plus ancienne et talmudique, mentionnant le mot ‘Kaddish’ et faisant référence aux prières pour les funérailles ou les périodes de deuil. Mais sur le fond pas encore d’astreinte stricte. D’ailleurs parmi les Richonim (Rambam, Roch, Rif, Ritva, Choulhan Aroukh sauf Rama), aucun décisionnaire ne mentionne l’obligation de Kaddish des endeuillés.

Sur la forme à présent, le Sidour du Rav Amram Gaon en 900 est la première version connue du Kaddish. Puis les choses s’accélèrent au 10è siècle, et lors des Croisades, on assiste à la généralisation du Kaddish pour les morts. Le Or Zaroua  au XIIIème siècle fait enfin mention pour la toute première fois d’endeuillés récitant le Kaddish dans une forme et un contexte comparable aux nôtres.

Cette tradition issue rappelez-vous du Midrach de Rabbi Akiva (Kallah et Soferim) n’est donc pas au départ une Halakha mais une coutume qui se répand tellement (hélas !) qu’elle en tire peu à peu force de Loi. Jusqu’à en devenir obligatoire depuis le milieu du Moyen-âge.

Le Kaddish, un rituel communautaire pour du mérite individuel

Très bien, nous venons de voir que l’histoire juive construit, particularise puis isole le Kaddish en tant que prière mortuaire. Mais pourquoi le Kaddish est-il précisément distingué alors qu’il n’est pas centré sur le deuil, la mort ou même la résurrection ?

D’abord comme on l’a vu, l’apaisement de ce texte après la destruction du Beth Hamiqdach permet de faire le lien avec l’endeuillé. La destruction du Temple rend toute la Nation Juive en deuil et toute réminiscence du « disparu » , comme explicitement écrit dans le Kaddish, s’apparente au souvenir consolateur.

Mais alors pourquoi est-ce justement à l’endeuillé de porter un message de consolation à ses frères juifs ? Il aurait été plus ‘convenable’ que ce soit l’inverse puisque c’est lui qui est en souffrance.

En fait il y a une expérience  très forte et malheureusement douloureuse que vivent tous ceux qui sont contraints de réciter le Kaddish. Et surtout dès les premiers jours.
La perte d’un être cher est sans aucun doute possible l’épreuve la plus pénible qui soit donner à l’homme et durant ces moments-là, l’esprit peut se troubler et un souffle de rejet voire de rébellion envers le Jugement Divin peut planer sur ces personnes éplorées. Mesurez jusqu’à quel point, cet esprit rebelle peut atteindre même les plus grands en considérant au travers d’une des explications plausibles avancées, le cas d’Elisha ben Abouya, transformé en l’énigmatique Aher : il n’aurait pu concevoir la mort atroce infligée par les Romains du traducteur Houtspit. « Tsaddik véra lo, racha vétov lo » [le juste souffre, le mauvais jubile]

« Comment est-ce possible ? Pourquoi lui ? Comment ? Pour quelle faute ? Où est la justice ? » voila les interrogations – naturelles – auxquelles sont confrontés les endeuillés.

Il faut un courage admirable pour accepter la réalité et continuer à maintenir le lien entre Hachem et soi-même.
Cette admiration atteint son paroxysme lorsque l’endeuillé se lève, se place au centre de la synagogue et déclame cette louange à Dieu, pleine d’espoir et de réconfort – lui qui aurait toutes les raisons du monde d’hurler sa douleur à ou à défaut de garder au moins le silence, abattu par la désolation(comme le fit Aaron lors du décès de ses deux fils Nadav et Avihou).
Cette abnégation mille fois admirable n’a qu’un seul but : influencer favorablement le Tribunal Céleste devant lequel se tient l’âme du disparu (ce que ne peut plus faire le défunt lui-même). Nous les endeuillés nous souffrons, mais au cœur même de notre souffrance nous déclamons la grandeur de Dieu et notre foi dans la venue de Son Oint.

En d’autres termes : Aider ici-bas, par ce dévouement exemplaire, la cause plaidée là-haut.

Au moins trois fois par jour, aux offices quotidiens, pendant onze mois puis une semaine à chaque date d’anniversaire (appelée la Azkara, le Yarzeit, le Azguir ou encore la Yizkor), les enfants devront publiquement énoncer leur confiance absolue en Hachem qui viendra à Son tour apaiser Ses enfants et tenir Sa promesse de ressusciter les morts.

Comme l’écrit le magazine Yeroushalmi en adaptant une déclaration de Rivon Kryger, in Colloque des intellectuels juifs de France, Actes 2000 :

« En consentant à proclamer la gloire de Dieu alors qu’un être cher vient de disparaître, l’endeuillé est appelé à se surpasser, instaurant une continuité là où la fidélité risque de rompre. Cette transmission des valeurs est essentielle pour l’affirmation du monothéisme dans une situation charnière entre la vie et la mort : l’affligé manifeste contre la mort en confessant que le mal n’est pas le fait d’une puissance opposée à Dieu. Il ne s’agit pas de nier le chagrin, mais de le relativiser en situant la mort comme une étape à dépasser à l’avènement du royaume divin.
Le Kaddish rapproche Dieu dans ce monde. Il est dit en commun avec d’autres personnes afin d’affirmer les liens nous unissant à notre Créateur. Au même moment, il élève l’âme du défunt et la rapproche de Dieu. Le Tout-Puissant est le trait d’union entre nous et le cher disparu. La récitation du kaddish est l’occasion d’affirmer la nouvelle conscience qu’on a de D.ieu et qu’on a développée à partir de la relation avec la personne en la mémoire de qui on dit le Kaddish.
»

De même voici ce qu’a écrit Richard NEHER, cité par Jacques Kohn :

« Si je vous traduisais le Kaddich, vous verriez qu’il ne contient absolument aucune allusion au deuil, à la mort, à la vie future : c’est une sanctification publique du Nom de Hachem. Alors, pourquoi a-t-on voulu qu’il soit dit par les personnes en deuil ? Pour la seule raison que venant de leur part, malgré leur deuil, cette sanctification est particulièrement précieuse, parce qu’elle atteste que le deuil n’a diminué en rien leur foi en Lui. »

L’importance du Kaddish est tel que par exemple, Moshe Sneh, fondateur de la Hagana et du Parti Communiste israélien, insistait pour qu’à sa mort son fils le récite selon les règles, car il y voyait, tout athée qu’il était, au travers de cette réunion des hommes autour du souvenir du défunt, un puissant ciment national !

Nous venons d’évoquer deux points très importants sur le modus operandi du Kaddish :

  • La nécessité de réciter ce texte à la Communauté
  • L’importance du mérite capitalisé au profit du défunt

Concernant la définition de la Communauté (le Kahal) il n’y a aucun problème pour en définir les contours : il s’agit d’un quorum d’au moins 10 hommes majeurs, juifs évidemment dont le seul rassemblement invite la Présence Divine (la Chéh’ina) à leurs côtés. Ce que l’on appelle classiquement un minyan. L’obligation d’un minyan est une exigence commune à beaucoup d’autres domaines du rituel juif comme pour la prière publique par exemple.

En revanche, la manière dont les proches peuvent donner du mérite au disparu est une question qui est loin d’être aussi claire que la précédente, surtout auprès de la population juive et ce, dans son écrasante majorité. En effet il est apparu précédemment que l’effort dont fait preuve l’endeuillé pour se surpasser et combler la fracture béante survenue dans sa vie, cet effort rendu public et répété plusieurs fois par jour, à différentes occasions, pendant un an, révèle le salaire mis au crédit du défunt. En quelque sorte, la jauge de valeur du mérite conféré se mesure à l’aune de la soumission à Dieu et de la déclaration de louange qu’on Lui adresse.

Or en quoi cette glorification du Nom Divin est-il différent si l’on est une fille ou un fils ? Comment imaginer qu’une fille souffre moins que son frère de la disparition de leur père ?
Qui peut honnêtement estimer que le crédit porté par l’un, au mérite du disparu soit inférieur à celui que lui destine l’autre ?
En d’autres termes, Yentl, noyée sous les larmes de tristesse, conférait-elle moins de grandeur à son père en voulant glorifier Hachem ? Eut-il mieux valu qu’un juif lambda, mâle, étranger au foyer, récite à sa place le Kaddish envers un homme qui n’était même pas son père et dont le décès ne suscite en lui que peu de peine ?

Nous abordons ici le cœur du sujet : Comment la Halah’a peut-elle interdire à une fille d’honorer ses parents tout comme le ferait un garçon ?

En fait, elle ne le peut pas. Je veux dire : Halah’iquement elle autorise parfaitement les filles à réciter le Kaddish. Mais sous certaines conditions qui n’ont rien à voir avec une tentative injustifiable de vouloir échelonné la valeur selon le sexe, mais qui procède du contexte et des mesures de pudeur et de respect propre à la gente féminine en présence d’hommes.
C’est par exemple ce que l’un des plus grands décisionnaires contemporains, le Rav auteur du Chévoutt Ya’akov, traite dans son livre, lorsqu’il écrit que sur le plan pratique le Kaddich peut concerner également les filles, car il est certain, pour lui comme pour quiconque, que par le Kaddich elles peuvent apporter beaucoup de gratification à l’âme de leurs parents. Mais sous certaines conditions seulement.

Quelle sont donc les conditions pour qu’une fille puisse réciter le Kaddish ?

Reprenons les deux aspects déjà évoqués plus haut et parmi ceux-là il fallait nécessairement que la glorification Divine soit partagée avec un minyan, le quorum de 10 hommes.
Inutile donc pour un homme, comme pour une femme, de vouloir réciter un Kaddish devant un parterre de 10, 100 ou 1000 dames, aussi respectueuses soient-elles. Pourquoi ? Ce n’est pas le sujet, mais sachez que, comme pour Bareh’ou, certaines interpellations publiques ne peuvent être répondues que par des hommes.

Je parlai du contexte de la récitation du Kaddish tout à l’heure. Et là encore les règles du respect et de la pudeur, vont restreindre les possibilités de déclamer cette prière par rapport à un homme. Mais, vous allez le voir, ces restrictions sont assez minimes.

Un homme en général récite le kaddish aux trois offices quotidiens, au milieu d’autres hommes, à la synagogue. Or, il est bien connu que le judaïsme sépare les deux genres, afin de ne pas perturber la concentration nécessaire à une prière qui n’usurpe pas son nom. Incidemment on peut déduire de nous-mêmes qu’une femme ne peut répliquer les manières des hommes au milieu de la téphila. Même si le Gaon auteur du Téchouva Mé-Ahava écrit que dans la vile d’Amsterdam s’est produite une chose pareille, c’est-à-dire qu’apparemment une femme a prononcé le Kaddish dans la synagogue, sans que les sages de la ville ne protestent, la majorité des décisionnaires s’y opposent grandement : encore une fois, ce n’est pas pour dégrader la qualité du Kaddish mais simplement pour limiter les possibles débordements inhérents à ce genre de situation dans un lieu de prières et de recueillement.

A l’opposé d’ailleurs de cette attitude plutôt permissive, se trouve par exemple l’auteur du H’avott Yaïr (le Gaon Rabbi Yaïr BAKRAH’) qui précise que selon son opinion, il ne faut pas laisser une fille dire le Kaddich à la synagogue, juste par crainte des excès induits. Tout en reconnaissant que cela ne contrevenait à aucuns principes de la Torah, par mesure de prudence, l’interdiction en pratique devait être sévère. En fait c’est cette opinion là, ou ses cousines, qui s’est répandu dans toutes les couches de la population juive mondiale. Certains estiment mêmes que les deux tiers des décisionnaires orthodoxes ont suivi cette mesure de précaution.
Dommage que ceux qui ont participé à la diffuser n’ait pas pris soin de bien propager également la suite de ce psak : Non au Kaddish des femmes à la synagogue, mais oui à sa récitations par les mêmes, chez elles, après une étude de Torah ou une lecture de Téhilims (Psaumes), bien entendu devant un minyan d’hommes. Voire même si elles organisent des offices de prières, mais toujours chez elles, c’est-à-dire pour être plus exact: pourvu que ce soit hors de la synagogue, hors de ce lieu saint, vestige du Temple détruit.

N’est ce pas incroyable : qui l’eût cru ?

D’ailleurs l’auteur du Téchouva Mé-Ahava conclut ses propos en attestant qu’il a personnellement vu un bel usage dans la ville de Prague, où se rassemblaient dans la partie de la synagogue réservée aux femmes, des personnes âgées pour dire les Téhilim le matin après l’office, et après avoir terminé tout le livre des Téhilim, des filles orphelines disaient le Kaddich. Mais cet usage était observé seulement dans la partie réservée aux femmes et non dans la synagogue elle-même, là où priaient les hommes.

Plus proche de nous, Henrietta Szold, fondatrice de Hadassah et aînée de huit filles, insista ainsi pour réciter le Kaddich au décès de sa mère en 1916.

Tel est également l’avis du Rav Ovadia YOSSEF Chlita qui autorise, avec les précautions que nous avons évoqué, la récitation du Kaddish par les filles.

Parlez-en autour de vous et mesurer à quel point cette décision hilkhatique est ignorée dans ses grandes largeurs. Lorsqu’elle ne suscite pas le rejet…

Yentl avait donc parfaitement le droit de réciter le Kaddish. Humainement et religieusement, rien ni personne ne pouvait le lui interdire. Quant au reste du film et de la possibilité donnée (ou volée) à une femme d’étudier le Talmud, ça, c’est une autre histoire. Mais pas sûr qu’au final, ce soit une autre conclusion…

Source:
Toutes les références ont été intégralement copiées sans autorisations préalables (pardon) des sites suivants :
Halaha Yomit du Gaon Ovadia Yossef
yerouchalmi.web.officelive.com
Wikipedia
http://www.cisonline.org/index.php?option=com_content&task=view&id=44&Itemid=102

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

4 Responses to Yentl ou le kaddish des femmes

  1. Lola-de-Lou dit :

    Bonjour !
    Un film magnifique Yentl…
    Il est bien cet article. Je l’envoie à ma fille qui veut se spécialiser dans l’étude des origines des monothéismes – l’an prochain, elle étudie l’akkadien et l’ougaritique.
    Ouille ! Vaste programme…

  2. Emmanuel Bloch dit :

    Bravo pour cet article. Joli travail de recherche, et comme toujours très agréable a lire!
    Pour savoir ce qui se passe dans d’autres cercles:
    http://www.jewishideas.org/responsa/women-and-kaddish

  3. Gabriel dit :

    Très bien cet article !

    J’avais écris un topo sur le kadish il y a plus d’un an (http://modernorthodox.over-blog.com/article-topo-rapide-le-kadish-au-feminin-46679790.html) et je suis heureux de lire votre article, bien plus détaillé.

    Hazak !

  4. Ping : Les femmes aussi sont en deuil… | Pour Surmelin

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