Humour juif : le secret de la Révelation ?…cent blagues !

Je viens de lire un article sur slate qui traite de la naissance de l’humour juif. A la vérité j’ai peu appris, sauf sur un personnage dont j’ignorais l’existence jusqu’à présent et dont je ne sais probablement pas bien prononcer le nom: le Badkhn.
Mais cet article m’a au moins rappelé à cette valeur constante qui se trouve dans le judaïsme: l’Humour.

A ce titre et parmi les rabbanim (i.e rabbins) que je ne cesse de découvrir, le Rav Léon Askénazi (zatsal), fameusement totémisé en Manitou du temps de ses activités chez les Éclaireurs, occupe une place de choix – entre autre dans ce blog où il est souvent cité. Et parmi sa très nombreuse littérature, l’on remarquera avec joie qu’il ne répugnait jamais à un mot d’esprit pour ouvrir ses discours; jamais non plus à un jeu de mot percutant pour accrocher immédiatement les idées (« méfiez vous d’un un séminaire, ça n’éclaire qu’à moitié », « attention la cashrout, ça cache la route »), jamais enfin à une franche blague pour clore ses divrei Torah (discours talmudique).

Le Rav Joseph Haïm Sitruk également est connu et reconnu pour son humour dont il a usé (et parfois abusé surtout vers la fin) à travers toute sa longue, brillante et fertile carrière à la tête du Grand Rabbinat de France. Un humour qui n’est pas nécessairement le fort de son successeur, mais là n’est pas le propos.

Le Rav Adin Steinsaltz, auteur d’une édition du Talmud éponyme, parvient difficilement à ne pas faire sourire ou rire son public, même lorsqu’il évoque des sujets très sérieux. Il n’arrive tout simplement pas à se priver d’un bon mot.

Le Rav Shvardon d’Israël a eu la grâce d’être une autorité des plus exigeantes et un rabbin des plus amusants.

Il y a beaucoup d’autres exemples et pour tout vous dire, je ne connais pas d’éminence talmudique qui ne soit aussi célèbre pour sa capacité à rire et faire rire.

Et cela ne date pas d’hier. Le rire occupe une place de choix dans la littérature talmudique.

La Bible elle-même par exemple raconte la toute première ‘grosse blague’ dès les premiers chapitres. .
Lorsque D-ieu annonce à Abraham le centenaire que sa femme Sarah, 90 ans bon pied bon œil, enfantera enfin; cette dernière éclata de rire – bien qu’elle s’en défendu immédiatement.
Neuf mois plus tard elle donna à son fils le nom d’Isaac, Itsh’ak en hébreu qui signifie…Il RIRA!
Notez le futur qui fait à la fois office de bons vœux mais aussi qui marque hélas, parce qu’il s’apparente alors au ricanement,  l’ironie du sort à laquelle les juifs seront condamnés, comme l’écrit le Rav Élie Munk citant son confrère Shimshon Raphael Hirsh, dans La voix de la Thora, Gen. 17:19 . Et ce rire ambivalent, n’est ce pas justement l’apport de l’humour juif ?

Le rire ou en tous cas l’amusement est même consubstantielle à la Torah: En commentaire du traité Avot,II,14, Rabbenou Yona indique qu’après avoir peiné dans l’étude de la Torah, il faudra s’amuser avec elle, imitant en cela Dieu lui-même. La Torah est l’amusement de l’homme (Prov., 8,31). Qui aurait crû qu’une « religion » puisse inciter au ludique plutôt qu’à l’austère ?

Comment aussi ne pas sourire aussi, à l’approche de la fête de Pourim et de la lecture de la Méguila Esther, en s’imaginant la scène ou le roi Ah’achvéroch (Assuerus) demande à son ministre Amane ce qu’il conviendrait de faire envers un sujet méritant et, pensant qu’il s’agit de lui, creuse sa tombe lorsqu’il apprend à la fin que tous les honneurs reviennent à son ennemi juré, Mordéhaï ?

Le Talmud, compilation écrite il y a environ deux mille ans et relatant les discussion encore plus anciennes, est un trésor de blague juive.  Dans le Traité Chabbat il est question par exemple de l’humour de Hillel envers un Gentil. Dans celui de  Pessahim, les aphorismes foisonnent et l’auto-dérision est du meilleur goût (« Quand le maître refuse l’entrée de chez lui, personne ne peut forcer le passage. Sauf les rabbins qui sont les seuls à rentrer même quand on leur dit de rester dehors« ).

Rabbi Méir si je ne m’abuse indiquait même à ses disciples qu’en terme de pédagogie, rien ne valait une histoire drôle pour relever l’attention de l’auditoire.

Nous sommes il y a plus de 25 siècles…

Plus dramatiquement, on évoque souvent les histoires drôles que se racontaient les internés dans les camps d’extermination nazis.

Sur la  scène comique il est vrai que les comiques juifs, américains, britanniques ou français, trustent régulièrement les premières places: De Gad Elmaleh à Jerry Seinfeld, de Tomer Sisley à Woody Allen, d’Élie Semoun à Jerry Lewis, de René Gosciny à Mel Brooks, de Michel Boujenah à Adam Sandler, de Georges Perec à Ben Stiller… et la liste est encore immensément longue, le rire juif est à chaque fois à l’honneur.

Il n’a jamais été dit qu’il était le meilleur et l’unique, mais sa fraîcheur, son audace, sa profondeur aussi même s’il n’y paraît pas, et sa tristesse en font un humour de qualité, reconnu par le public et admiré par la critique.

En fait l’humour est tellement inhérent à la culture et à l’identité juive que j’arrive même à me demander si ce ne serait pas ça, le discriminant ultime qui a consacré le Peuple Hébreu à accepter et à recevoir la Torah.
Mel Brooks a dit un jour quelque chose de très touchant si l’on y réfléchit :

«Observez l’histoire juive : elle est pleine de malheurs, de larmes et de catastrophes. Il était impossible de la supporter. Alors Dieu a créé, pour chaque dizaine de juifs qui pleure ou qui se lamente en se frappant la coulpe, un fou qui les amuse. Pour que, grâce à ce rire, ils restent en vie. J’ai toujours su que j’étais un de ces fous.»

Le rire serait donc aussi l’éxutoire du drame de l’Histoire juive – en même temps que son marqueur social…

On raconte que le rabbin qui officiait dans la communauté que fréquentait Henri Bergson lui avoua sa petite déception face à la somme littéraire que l’écrivain avait consacré au Rire. S’étonnant que son rabbin soit si déçu malgré son travail pourtant reconnu et récompensé, et aussi certainement piqué au vif, le rabbin finira par lui avouer que le chapitre le plus important manquait pour définir pleinement le Rire. C’était celui des…Guili-guilis😉.

On dit que Bergson sourit toute la journée, béatement en pensant à cette remarque…drôle et pourtant si juste.

En parlant d’auto-dérision, il est aussi assez connu que la première question qu’un rabbin pose à un candidat à la conversion est  » Vous voulez devenir juif? Quitter votre monde de liberté pour prendre sur vous le joug des Mitsvots (commandements), obtenir le Paradis en respectant non plus 7 lois, mais 613 ? mais, n’êtes vous pas un peu méchouga (fou) dans votre tête !?! « .

Et il faut bien avouer que pour se moquer gentiment des différentes « tribus » qui composent le judaïsme mondial ou des travers de cette religion et des ses adeptes, les Juifs eux-mêmes sont loin d’être les derniers.

Parmi la demi-douzaine de tonnes de blagues juives, voici un petit échantillon (non-representatif ):

          Deux écrivains juifs qui ne se supportent pas:
–         J’ai beaucoup aimé votre livre, dit l’un. Qui vous l’a écrit?
–         Je suis content de savoir que vous l’avez aimé, répond l’autre. Qui vous l’a lu?

–         Pourquoi les mères juives ne boivent-elles jamais
–         Parce que l’alcool les empêche de se faire des soucis.

–         Allô, maman, Chavoua Tov, tu vas bien?
–         Très bien, mon fils, je vais très bien!
–         Excusez-moi, Madame, j’ai dû faire un faux numéro!

–         Que dit ta femme quand tu rentres si tard dans la nuit?
–         Elle devient historique.
–         Tu veux dire hystérique?

–         Non, elle commence à fouiller mon passé.
«Quand je suis entré dans ma chambre d’hôtel hier soir, j’ai trouvé une blonde dans mon lit. Je lui ai donné vingt quatre heures pour quitter la chambre.» (Groucho Marx)

Un dernier exemple, on évoque régulièrement dans la Communauté Juive (entendez consistoriale et/ou traditionnelle) le cas des juifs dits « libéraux », c’est à dire ceux dont la pratique religieuse répond aux décisions des mouvements contemporains américains Liberal, massorti ou reformed bien que leurs origines communes datent des Lumières et de l’Allemagne. Une de ses particularités est la possibilité qu’ils offrent aux femmes de devenir rabbins (et aussi leur réputation de convertir au judaïsme des prétendants que le judaïsme traditionnel refuse catégoriquement)
Si le sujet vous intéresse je vous conseille deux liens très intéressants:

  • Sur Wikipédia (évidemment)
  • Sur l’excellentissime blog « Le Monde Juif », ici

Bref, voici  une de mes histoires juives préférées relative aux juifs libéraux :

Quelle est la différence entre un mariage juif orthodoxe, conservateur et libéral ?
A un mariage orthodoxe, la mère de la mariée est enceinte. A un mariage conservateur, la mariée est enceinte. Et à un mariage libéral… c’est la rabbin qui est enceinte !

Voilà, un petit billet léger en cette journée ensoleillée (quoique glacée), histoire de finir la semaine sur une note joyeuse !

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

3 Responses to Humour juif : le secret de la Révelation ?…cent blagues !

  1. Poule-de-Luxe dit :

    L’humour juif ! Un régal, même pour l’humble goye que je suis. Votre histoire d’épousailles par exemple – rassurez moi : était-ce vous, aujourd’hui « jeune papa – mais pourquoi contrarié ? » que vous évoquiez lors du mariage libéral – après tout, l’homme a bien fini par obtenir d’être (presque) l’égal de la femme et le sexe de chacun nous renvoie aujourd’hui assez bien au sexe des anges (et donc à leur… heu… reproduction si je puis mécréantement mais respectueusement me permettre) ? (sourire du au printemps qui vient enfin, quoi qu’encore frisquet…). Bonne journée à vous.

    • guib dit :

      Bonjour, si vous aimez l’humour juif, je vous conseille ce site « BLAGUES ET HUMOUR JUIF »:
      http://blagues-juives.blogspot.fr/

  2. Avidan Kogel dit :

    J’ai une bonne blague talmudique pour toi : « Quiconque meurt pendant qu’il rit est en possession d’un bon présage » (Ketoubot 103b)

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