La croisée des chemins dans les pays arabes

J’évoquai il y a trois jours l’application d’un modèle mathématique pour démonter la propagande anti-israélienne. Je me suis aujourd’hui amusé à utiliser une autre modélisation, tout aussi classique, pour estimer une issue possible aux évènements qui perturbent le monde arabe.
Pour illustrer mon propos, et rester le plus fidèle possible aux peuples du Croissant, je reprends intégralement textes et images de cette modélisation, disponible ici :

« Sur la planète Torus, planète qui, comme son nom l’indique, est en forme de tore, 200 personnes habitent chacune un territoire. Les habitants sont partagés entre deux courants politiques, le parti rouge et le parti jaune. Au début, les opinions politiques sont réparties au hasard sur la planète, comme le montre la carte géopolitique ci-dessous:


La planète Torus

Carte géopolitique

Une particularité des habitants de cette planète est qu’ils sont très influençables. Ainsi, chaque jour, un habitant va trouver un de ses huit voisins et se rallie aux convictions politiques de ce dernier.
Quand on fait évoluer ce système simpliste, il se passe des choses curieuses:


Après 1400 jours

Après 4900 jours

Après 10’500 jours

Après 24’500 jours

Après 27’300 jours

Après 33’360 jours

Après 34’300 jours

Évolution du nombre de rouges au cours du temps

On voit d’abord apparaître de grands fiefs politiques où tout le monde vote dans le même sens. On peut croire à un moment donné que les rouges vont complètement disparaître, mais la petite poignée de rouges fait des émules parmi les jaunes et les deux populations s’équilibrent. Puis, brutalement, les rouges deviennent très nombreux et, pour finir, ils occupent toute la planète. »

La planète Torus montre bien que lorsqu’une population est en ébullition égalitaire et paritaire sur le plan politique, elle tend ensuite vers une stabilité politique avec une légère opposition. Or si la projection du temps est encore plus longue, on constate que cette négligeable opposition a opéré un retournement de situation jusqu’à recouvrir l’intégralité du paysage politique. Sans plus aucune opposition. Le Parti Unique. La dictature absolue. Pire que la précédente.

Que s’est-il passé dans les pays arabes depuis que l’Islam s’est propagé au 7e siècle ?

  • Une forte ébullition entre sunnite, chiite et les autres courants minoritaires.
  • Une radicalisation en deux groupes dont un largement majoritaire

A l’intérieur même de ces pays:

  • Un pouvoir fort, écrasant où l’opposition est contrôlée, muselé, négligeable. Un opposition soit de tendance communiste soit une émanation de groupes radicaux de fondamentalistes islamiques.

Qu’arrive-t-il aujourd’hui ? une redistribution des cartes.
La question est, si nous étions sur Torus, est-ce le moment où les rouges vont reprendre le contrôles où en somme nous encore loin ?
Et si c’était l’instant critique, de quel rouge parlons-nous ? De cette opposition à tendance rouge communiste justement – ou alors des rouges sang, aux couleurs des  flaques qui viendront salir les rues désertes après le retour de la charia ?
Dans les deux cas il n’y a pas de retour possible au pluralisme démocratique initial.

Le pouvoir dictatorial aboutit à terme à un autre régime, opposé certes, mais encore plus totalitaire. C’est le cercle vicieux de l’autoritarisme – dont seul pour l’instant est parvenu (et encore…) à s’extraire l’Occident après plusieurs siècles d’effort, de conflits et de sacrifices.

Est ce que ce modèle ultra-simpliste et pure vue de l’esprit, peut nous servir à former des craintes sur l’évolution de la situation hyper-complexe dans les pays arabes ? Comme tous les modèles, il ne prédit pas l’avenir dans notre réalité mais permet de pondérer les différentes possibilités que ce futur nous propose:

  • Oui il y a un formidable espoir qu’enfin, après plusieurs siècles, le monde arabo-musulman découvre pour la première fois ce que c’est de ne pas vivre sous la férule d’un despote.
  • Oui la jeunesse qui est dans les rues de Bahrein à Marrakech, aspire très certainement à un régime qu’elle nomme démocratie – alors même qu’il n’y a aucun appareil d’état qui serait prêt à assumer ce nouveau type de gouvernance.
  • Mais oui aussi, les mouvements islamistes sont plus que jamais aux aguets pour prendre le pouvoir, manipulant l’opinion publique, menaçant les crédules des foudres divines, séduisant les démocrates par des promesses volatiles.
  • Oui aussi, les pays arabes ne sont pas à l’abri d’une africanisation de leur régime: de la même manière que Khadaffi, Ben Ali, Saddam Husein ou d’autres sont parvenus au pouvoir, un putsch d’un militaire plus ambitieux que les autres et revoilà le peuple emprisonné pour cinquante ans dans une république bannanière.
  • Oui enfin, le nouveau régime, quel qu’il soit, qui réussirait à prendre le pouvoir serait probablement plus sévère et plus intolérant que le précédent.

Mais pourquoi être si pessimiste ? Pourquoi ne pas laisser UNE chance à la liberté et à la démocratie ?
Parce qu’en fait, sous ces latitudes, avec ce type de population, on lui a laissé déjà sa chance. Ou plutôt ses chances. Rappelez-vous:

  • Amir Karzaï en Afghanistan: élections truquées
  • Abbas en Cisjordanie: multiples condamnation de son ‘gouvernement’ fantôme pour fraudes électorales
  • Hamas à Gaza: plus d’élection démocratique, opposition interdite, charia instaurée.
  • Irak: on se souvient des attentats dans les bureaux de votes, les nez tranchés des femmes qui allaient voter et les assassinats des candidats – autant dire que le souffle démocratique avant de se lever était déjà retombé.
  • Liban: devenue en 10 ans à peine, une petite province de la Syrie
  • Iran après la chute du Shah: arrivée de Khomeiny, instauration de la République Islamique d’Iran

Il y a d’autres exemples encore où à chaque fois, le pouvoir corrompu, dictatorial, injuste était renversé et où au mieux un autre régime tout aussi verrolé lui succédait.

Est-ce que de l’autre côté de la Méditerranée on rejoue l’histoire ? Les habitants jaunes de Torus ne sont plus là pour donner leurs avis…

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

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