Ambition et prise de risque

‘Dans mon métier de manager’ (ça claque hein…en fait pas du tout, détendez vous …)…dans mon métier donc, je suis loin très loin voire dangereusement trop loin d’être le modèle du « supérieur hiérarchique » qui sait maîtriser ses émotions devant son équipe. Ce serait d’ailleurs un bon matériel pour ma thérapie que je ne ferai jamais tant que je n’ai pas gagné la cagnotte d’Euromillion, mais en attendant parmi les nombreux travers qui jalonnent mon quotidien professionnel il y en a un qui m’est arrivé très récemment.

J’ai dans mon équipe un jeune trentenaire agent de maîtrise parmi mes cadres. Son travail me convient, il est synthétique, courtois mais direct, même si pas trop impliqué (surtout niveau horaire) mais comment le lui reprocher, il n’est précisément pas cadre. De plus je suis très satisfait de ses propositions. A tel point qu’à l’approche des évaluations annuelles je me préparais à lui annoncer ma volonté de le passer cadre et de le nommer Chef de Projet.

Comme avant-goût je lui ai parlé d’un futur projet. Très simple. Un pied à l’étrier si j’ose dire à la gestion de projet. De plus je lui offre mon concours permanent avec un accompagnement à chaque étape. En gros je souhaitais juste qu’il ne ressente que les bons côtés du métier pour le motiver davantage.

Je l’ai rencontré cette semaine pour le lui annoncer et là, patatras ! Il m’explique qu’il ne souhaite pas prendre de responsabilité dans la conduite d’un projet. Qu’il préfère rester dans son métier et continuer à administrer ses dossiers, tranquillement, « dans sa bulle ». Il ne se sent pas le courage de parler seul en séance (alors qu’inconsciemment il l’a fait déjà des dizaines de fois de par ses interventions argumentées). Mon accompagnement ne le rassure pas davantage. Il ne veut pas être dérangé par les coups de fils, les problèmes des uns et des autres, encore gérer des plannings.

J’ai perçu une grande crainte face aux situations que ce tout petit projet pouvait lui occasionner. Une grande crainte de se voir exposé. De ne plus maitriser lui-même 100% de son travail mais de dépendre des livrables des autres.
Attention, je ne parle pas d’une personne introverti ou ayant quelques problèmes de personnalité ou quoique ce soit d’autre. Il s’agit d’un jeune homme tout à fait équilibré, même très ouvert et chaleureux.
Ça m’a vraiment travaillé: Montesquieu ironiquement se demandait « comment pouvait-on être persan » et moi dans un premier temps je me suis dis « Comment pouvait-on refuser ce type de promotion ? ».

A la réflexion, j’ai fauté à plusieurs niveaux:

  • Sur le moment ma surprise a été tangible. Je m’attendais à annoncer une bonne nouvelle et j’ai déchanté quand j’ai vu son opposition. J’aurai dû prévoir cette éventualité.
  • Ce qui est bon pour moi ne l’est pas forcément pour l’autre et, aveuglé par les nouvelles perspectives que je pensais lui offrir, je ne me suis pas posé la question de savoir ce qu’il aimait faire
  • L’ambition n’est pas un moteur pour tout le monde. Ambition professionnelle devrais-je tempérer.
  • La prise de risque est détestable pour tout le monde, mais inacceptable pour certains et là aussi je n’ai pas du tout évalué cet aspect

Quoi faire maintenant ? Honnêtement mon envie de le passer cadre et chef de projet s’est rapidement estompée. Je me dis que c’est dommage pour lui, notamment en terme de salaire. Mais aussi que chacun est libre de choisir sa vie. Surtout au bureau.

En ce qui me concerne j’ai un vrai problème avec mon empathie maladive: je continue à en prendre plein la poire lorsque la charge émotionnelle (déception, colère, peur) est transmise par mon interlocuteur. Je ne sais pas comment me fabriquer une carapace, mais ça me ronge lentement mais surement.

Peut-être qu’après tout je ne suis pas fait pour encadrer des équipes…

PS: Comme pour couronner cette semaine, je viens de recevoir une demande pour une mobilité interne d’un autre de mes équipiers- qui est indispensable sur un projet qui durera encore un an. Il va falloir que je me prépare à lui annoncer mon refus…et vivre avec en me regardant dans la glace…

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

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