Flavius Joseph, traître ou héros ?

[Ce post est un peu confus et trop long, et il manque pas mal de réferences, je dois y revenir dès que j’aurai le temps]

J’ai envie depuis fort longtemps d’évoquer le cas ou plutôt l’Affaire Flavius Joseph.

Entre le 17 Tammouz et le 9 Av (période de 3 semaines appelées  Ben Hametsarim), j’ai relu « La Guerre des Juifs contre les Romains  » de Flavius Joseph donc.

Et j’aimerais centrer ce billet sur l’épreuve à jamais traumatisante pour le Peuple Juif que sera la destruction du deuxième Temple de Jérusalem, le Beth Hamiqdach, à la lumière du récit Talmudique et du témoignage de Josèphe.
Son livre, admirablement écrit, m’a singulièrement parlé.
Je ne suis pas critique littéraire et encore moins historien, tout ce qui va donc suivre n’est que mon opinion et pour ceux qui s’intéressent vraiment à ce thème, je vous conseille, hormis l’inévitable Wikipédia sur le sujet, ce lien fort intéressant ici ).

Cela étant dit et la recension n’étant pas non plus mon fort – par lucidité plus que par modestie – je ne vais pas me lancer dans un monologue éloquent sur la puissance ou les faiblesses du témoignage de l’auteur.

Non ce qui continue toujours à m’interpeller, c’est l’appréciation très négative que semble avoir le Judaïsme de l’œuvre magistrale qu’a légué au monde Yossef ben Matityahou HacCohen (dit Flavius Josèphe).

C’est étrangement – et c’est plutôt une surprise – un rejet sur le personnage même, plus que sur le contenu de son récit comme nous allons le voir. Clairement son témoignage – au sens historique- n’est pas en cause. La distance qu’il inspire au Judaïsme, c’est de sa personne même qu’il faut en chercher les raisons.

Car enfin, que reproche-t-on au juste à Flavius Josèphe pour ne pas considérer à leurs justes valeurs ses écrits ?
A dire vrai, la culture populaire juive, alimentée par un nombre important d’autorités religieuses et d’historiens à travers les siècles (Heinrich Graetz et sa célèbre Geschichte der Juden par exemple),  attribue à Flavius Josèphe le statut peu enviable de…traître.
Mais pas seulement. Sa traîtrise s’aggraverait par une position collaborationniste flagrante.

Impardonnable politicard qui trahit son peuple et sa nation en louant les forces ennemis. Voila qui serait Josèphe.

Très synthétiquement, Flavius serait un traître et un « collabo » pour de nombreuses raisons :

1.    Lui, le Cohen judéen, descendant d’une famille royale et sacerdotale, les Hasmonéens qui ont été l’incarnation du patriotisme victorieux et sacrificiel (célébrée chaque année pendant la fête de Hannoucah), ayant reçu une excellente éducation, jouissant d’un réseau d’amis puissants aussi bien à Rome qu’à Jérusalem, gouverneur de Galilée,  n’a pas eu le courage de se suicider comme ses compagnons au moment où sa garnison a été cernée par la légion romaine. Le même Josèphe qui exaltait auparavant ses troupes au sacrifice, entretenant le zèle révolutionnaire et belliqueux contre ses ex-futur-ex-amis romains, ne valait pas mieux qu’un veule « planqué » déserteur.

2.    Il se rendit.
Grosse, très grosse erreur pour la gloire et l’honneur de sa postérité aux yeux des historiens juifs de la Tradition qui ne loueront que ses compagnons morts en martyrs héroïquement et anonymement… tandis que lui sera déshonoré à jamais.

3.    Il tenta par la suite de convaincre les habitants de Jérusalem que la reddition était la meilleure solution pour la survie de la population juive.
En ce sens, oui, Josèphe s’est rangé du côté des romains.
Il a « retourné sa toge » et, visiblement, aggrave son cas en devenant le porte-parole des romains, le vecteur de propagande de l’ennemi et une source de découragement pour ses anciens frères juifs assiégés. Un vrai « collabo kapo» en quelque sorte si l’on se place du point de vue des « résistants » zélotes.

4.    Pire, c’est sous sa plume que vont être retracés les événements tragiques de la Guerre de Judée (la chute de Massada en est un exemple flagrant). La déposition en somme de la chute d’Israël écrite par un de ses fils renégat.

Tout cela est vrai.

Flavius Josèphe est cet homme là. Peut-être même pire. Sans doute aussi un peu meilleur vu les circonstances.

  • Car au fond, concernant sa rémission auprès de l’envahisseur et sa lâcheté devant le suicide, qui pourrait le blâmer ? Qui peut honnêtement avoir la certitude qu’il aurait agit autrement à la place de Josèphe ? C’est un comportement pleutre mais tellement humain. Non, Flavius Josèphe ne sera jamais au même niveau qu’un Eléazar Ben Yaïr, le héros suicidaire de Massada. Mais en quoi cela décrédibilise-t-il son témoignage (civile et non religieux) tel qu’il le présente dans ses ouvrages ? La notion de « pikoua’h nefesh – de sauvegarde de la vie humaine en danger-, validerait tout à fait sa « lâcheté » même du point de vue religieux. Cela ne devrait donc pas rentrer en ligne de compte.
  • On lui reprocherait encore son alliance avec les Romains ? Ses liens avec le pouvoir romain sont ils susceptibles de le condamner ? Que dire alors de Rabbi Yéhouda HaNassi, l’auteur de la Mishna, survivant de Betar, vu les relations amicales qu’il entretenait avec le pouvoir impérial et ses plus hauts représentants ? Survivre chez l’ennemi est un déshonneur, mais cette notion d’honneur et de morale aristocratique ne peut pas justifier une mise au ban telle que le subit encore de nos jours Josèphe. Ça n’excuse toujours pas le  manque de courage de Josèphe, ni sans doute sa veulerie aux premières heures de sa collaboration passive avec les Romains, mais ca n’en fait pas pour autant et encore une fois quelqu’un dont le témoignage est à ignorer.
  • Ce qu’il a écrit  n’est qu’un tissu de propagande puisque publié avec l’imprimatur de Titus, le destructeur maudit du Temple. C’est une œuvre qui magnifie à la fois les légions romaines de Vespasien et rehausse le rôle de Josèphe lui-même comme s’il voulait laisser à la postérité sa vérité. Voila un vrai débat d’historien parce qu’on ne peut nier le contexte dans lequel Josèphe évolue, on ne peut nier qu’il aurait eu beaucoup de mal à critiquer ouvertement un empereur et qu’il valait mieux pour sa survie, sa chère survie, qu’il fasse preuve de mansuétude à l’égard du pouvoir romain. Le témoin ne serait donc pas libre de juger les accusés parce qu’il serait lié à un des deux. Oui mais lequel ? Josèphe aurait il eu vraiment besoin de l’imprimatur s’il voulait vraiment publier son ouvrage ? n’y avait-t-il pas d’autres moyens (chez les Partes, les syriens ou ailleurs encore) de publier « Sa Guerre des Juifs » – d’ailleurs rédigée en araméen ? L’aurait on alors accusé de défendre la position des juifs puisqu’il est aussi et avant tout fils d’Israël ? Sur ce point je doute que quelqu’un puisse apporter une réponse tranchée et fidèle à la vérité. Ce que je sais c’est qu’on reproche à Flavius Josèphe son accointance avec le pouvoir romain mais on ne s’étonne guère qu’il ait systématiquement choisis des thèmes juifs pour asseoir sa réputation. Je n’ai pas trouvé de commentaires sur cette obstination à vouloir dénoncer les extrémistes juifs et à exalter le culte hébraïque alors qu’il eut été plus facile pour lui d’évoquer quantité d’autres sujets moins polémiques. Le cachet impérial invalide-t-il son œuvre ? je suis toujours en attente de preuves concrètes qui iraient au-delà de la simple suspicion…
  • Oui mais c’est un traître parce qu’il a sapé le moral des Juifs en les incitant à se rendre ! Certes, mais la démarche de « realpolitik » que propose Josèphe aux envahisseurs romains et aux Zélotes aveuglés et jusqu’au-boutistes n’est en rien différente de la position religieuse de Rabbi Yohanan Ben Zakaï, héros national, contemporain de la Destruction et futur fondateur de Yavné. Les deux agissent en tant que pacificateurs.

Tout comme les héros de sa génération, Josèphe s’est battu contre les romains dans un premier temps car soumis aux règles de la Milhemet Mitsva, l’obligation religieuse de mener le combat envers les envahisseurs. Il attisa le grondement de la population en Judée, qui se transforma bien vite en révolte puis en guerre. Il a joué la politique du pire, d’abord comme on l’a dit en obéissant à son obligation religieuse et aussi sans doute pour asseoir sa légitimité politique et prendre le leadership sur son adversaire de toujours, Jean de Gischala, dont l’activité infatigable et la supériorité intellectuelle excitaient sa jalousie.
Ce n’est que lorsqu’il perdit la guerre qu’il refusa de se suicider à l’inverse du reste de son armée se trouvant à Jotapata.

De quoi s’agit il donc ? D’un aristocrate, d’un politique, qui au départ s’embrase pour le combat avant de finir à la table des romains ?

Mais n’est-ce pas exactement ce que fit Rabbi Yohanan Ben Zakaï lorsqu’il s’extirpa courageusement et malicieusement de la ville assiégée ?

Car comme l’explique Rabbi Yitz’hak Eizik Halevi l’auteur du Dorot HaRichonim, Rabbi Yohanan Ben Zakaï soutint dans un premier temps l’effort de guerre ; d’après certains parce qu’il était soumis, tout comme Josèphe, dans le cadre d’une milhemet mitsva (voir Hilkhot Melakhim 5, 1 suivant l’opinion de Rabbi Yéhouda dans M Sota 8, 7). Pour d’autres parce que le patriotisme en temps de guerre est un sentiment qui embrasse toute les tendances de la société mais qui peut biaiser l’instinct de survie et détourner l’action d’une réflexion objective en l’enflammant dangereusement.  Pourtant, lorsqu’il vit que les zélotes (ou baryonim) ne pourraient gagner la guerre, il décida de se rendre dans une optique constructive et lucide.

Et de négocier avec l’ennemi romain ce qui sera les germes du renouveau Juif à Yavné. Pourquoi n’a-t-il pas tenté d’épargner toute la population enfermée et affamée dans les murailles d’une Jérusalem agonisante ? C’est un autre débat, mais les Sages d’Israël y ont apporté de nombreuses réponses et l’on ne s’en étendra pas ici.

Pour autant, comment accuser le premier de traîtrise et considérer le second comme un héros du judaïsme (ce qu’il est de fait) ?

Ce n’est pas pour dénigrer, loin de là, l’attitude salvatrice de Rabbi Yohanan Ben Zakaï mais il faut reconnaître que l’idéologie est identique et Josèphe faisait d’ailleurs partie des Pharisiens, la tendance du Judaïsme actuel. Par exemple, il ne cache pas son admiration pour la sagesse de ces derniers et de Rabban Shimon Ben Gamliel dans son Autobiographie.

Alors pourquoi cette différence de jugement ? Pourquoi au mieux ce dénigrement et au pire cette détestation de Josèphe.

Il n’est sûrement pas un « traître» au sens d’un rebelle à l’idéologie pharisienne doublé d’un agent double aux ordres des Romains.
Ses écrits et sa vie prouvent même exactement le contraire !

Il n’a de cesse de défendre ses frères auprès du pouvoir central.
S’expose en première ligne pour répondre aux rumeurs immondes des antisémites ou judéophobes gréco-romains de l’époque (Cf. « Contre Apion »). Il ne dissimule pas ce qu’il est en tant que Juif et ne transige pas sur son patrimoine historique et religieux lorsqu’il s’agit de pénétrer la société séculaire. Ses nombreux mariages (ou divorces), au nombre de quatre, l’ont toujours unis à des juives. Ses protecteurs romains, sachant sans doute à qui ils avaient affaire, ne lui demandent pas de se convertir à quelque culte païen. Il tente de populariser la croyance hébreu pour les lecteurs païens. Il fait œuvre de vulgarisateur de la Tradition d’Israël pour souligner son caractère sacré, noble et respectable.

Je rajouterai que dans ses écrits Flavius Joseph ne fait aucunement l’économie de blâmer la sauvagerie des légions romaines, leur bestialité vis a vis des habitants de la Judée et il n’est pas rare que même les empereurs soient décrits comme des tyrans sanguinaires. Son point de vue semble être que les « factieux » juifs soient la cause première de la Destruction du Temple. De par tous leurs péchés (notez la dimension spirituelle de l’argument) mais aussi par leur folle maladresse puisque entre autres ce seraient eux les premiers qui auraient mis le feu à une partie du Temple avant que celui ci ne gagne tout l’édifice aidé en cela par l’acharnement criminel d’un légionnaire isolé ne respectant pas les ordres de conserver le bâtiment.
Rabbi Yohanna Ben Zacaï – et ses partisans- lui même demandait a ce que l’on ne s’oppose pas aux Romains…et le Talmud ne dit pas autre chose au fond : la haine gratuite entre les factions juives, le recours à une Loi dure et démembrée de sa dimension humaine et sociale, les multiples violations aux prérogatives du Temple sont bel et bien les causes premières fondamentales, profondes de la Destruction du Beth Hamiqdach. Les Romains n’en aurait été que les criminels exécutants (nous reviendrons sur ce point à la fin)

Pourquoi, alors, n’a-t-on pas déjà réhabilité le témoignage de Flavius Josèphe puisque sa « traîtrise » est un affront à la vérité ?

Et de quel témoignage parle-t-on : du même qui relate entre autre la destruction du Temple, et qui est fourni par la tradition talmudique, enrichi par Flavius Josèphe  il est vrai par des explications précieuses – ce que la Loi Orale a volontairement omis en explicitant qu’une des causes premières était la Haine Gratuite entre les juifs.

Parce qu’au fond, l’histoire qu’il relate est totalement cohérente avec ce que serait n’importe quel conflit d’une telle ampleur :

  • logique politique des uns et des autres et j’insiste, purement et uniquement POLITIQUE, il  n’y a aucune confrontation religieuse
  • manœuvre militaires ordonnées et planifiées  avec son lot de bravoure et d’actes héroïques essentiellement chez les assiégés hébreux,
  • anarchie coté Juif ou plutôt cotéS JuifS,
  • tactique et stratégie romaines, dans la plus pure tradition de l’Empire et de son triptyque « alliance-manipulation-trahison »
  • profanation du Temple d’abord et surtout par des enfants d’Israël avant sa destruction finalement prévisible quoiqu’accidentelle par les Romains

Ce récit est celui avant tout non pas de l’invasion effective et de la barbarie avérée des légions romaines mais aussi est surtout du fiasco des alliances politiques des factions juives-et en premier lieu celle des baryonim (les Zélotes) fiévreux nationalistes – qui se disputaient le pouvoir en nourrissant un dogme indépendantiste plus passionnel que raisonné.
Il ne faut y voir ici que le témoignage de ce qui sera la plus grande catastrophe juive de tous les temps, en l’occurrence la destruction du Temple, non pas par les Légions Romaines qui l’ont réellement incendié sur le plan matériel mais bien plutôt et essentiellement de l’effacement spirituel de la Présence Divine en son Temple, par les crimes abjects d’une poignée de Juifs (ou de demi-Juifs) assoiffés de pouvoir, oublieux de leurs valeurs ancestrales et criminels envers leurs propres population.

Et pourtant son auteur est loin d’être considéré comme une source fiable pour décrire les causes de la destruction du Temple.

Le Talmud en effet relate étrangement l’événement. Aucun pathos dans le récit de la guemara, pas d’emphase ni d’épanchement alors même que le contexte s’y prête.

L’enseignement est dissimulé derrière une aggada étonnante lorsqu’on la compare aux conséquences ultimes qu’elle va provoquée (Talmud Bavli, Gittin 55b-56a) :

Il y avait une fois un homme qui avait un ami qui s’appelait Kamtsa et un ennemi dont le nom était Bar Kamtsa, Juifs tous les deux. Un jour, il offrit un banquet et envoya l’un de ses serviteurs inviter Kamtsa au festin, mais ce serviteur se trompa et invita par erreur Bar Kamtsa. L’organisateur du festin voyant Bar Kamtsa assis parmi ses invités, s’adressa à lui dans les termes suivants :
-« Tu as toujours été mon ennemi ; que viens tu faire ici ? Lève-toi et va-t’en
– Je t’en prie, dit l’invité indésirable, puisque je suis venu et me trouve ici, laisse moi rester ; ne me couvre pas de honte, je te rembourserai pour la boisson et la nourriture que je prendrai. »
Le maître de maison refusa énergiquement. Bar Kamtsa lui offrit alors de payer la moitié des frais du banquet. Mais cette offre fut rejetée catégoriquement. Bar Kamtsa offrit alors de payer les frais entiers, mais le maître de maison s’empara de lui et le jeta à la porte.

L’homme humilié et dégradé pensa tout bas : « Puisque les Rabbins présents au festin restèrent tranquillement assis sans s’élever contre une telle conduite, il est évident qu’ils l’approuvaient. Je vais m’adresser à l’Empereur et je les attaquerai tous ! »

Il alla vers l’empereur et parla de cette façon : « Les Juifs se sont révoltés contre vous ». Lorsqu’on lui demanda de prouver la vérité de ses paroles, il dit : « Demandez que l’on offre à Jérusalem un sacrifice en votre nom et vous verrez si votre ordre sera exécuté ou non. » L’Empereur envoya par l’intermédiaire de Bar Kamtsa l’animal en direction de Jérusalem. L’homme blessa la bête sur sa lèvre supérieure – d’aucuns disent sur sa paupière – et de cette façon rendit la bête inutilisable en tant que sacrifice. Les Rabbins décidèrent, afin de ne pas provoquer la colère de l’Empereur, de sacrifier l’animal malgré sa blessure, mais Rabbi Zaccaria ben Akvilos annula cette décision en affirmant que le peuple serait scandalisé de voir que l’on sacrifiait un animal blessé sur l’autel sacré…. Rabbi Yo’hanan dit : « La piété de Zaccaria ben Akvilos détruisit le Temple, brûla Ie Sanctuaire et nous exila de notre pays ! »

Je n’arrive pas à imaginer que la destruction du Beth Hamikdach soit la résultante, comme l’indique la guemara,  d’une broutille entre deux inconnus, Khamtsa et Bar Khamtsa, totalement marginaux sur l’échiquier impérial romain et sa politique de conquête territorial…

Je ne remets pas en cause la version de la Guemara, d’autant qu’historiquement plusieurs sources viennent confirmer qu’un sacrifice envoyé par l’empereur romain a bien été refusé au Temple (comparez Yoma 39b et BJ VI, 5, 3.)

Mais le contexte historique, militaire, politique, (dé)montré dans l’œuvre de Flavius Josèphe souligne que cette histoire de sacrifice n’est tout au plus qu’un prétexte, qu’un cassus belli inespéré pour l’empereur romain dont la Judée a toujours été un objectif de conquête.

Flavius Josèphe relate extraordinairement bien et de manière claire l’embrasement progressif qui va déboucher au conflit. Cette succession tragique de foyers de révoltes, de garnisons attaqués, de populations villageoises massacrées ici ou là qui excite une Nation et la précipite à la Guerre.

Ce que l’on ne retrouve pas dans la version si laconique du Talmud…

D’un coté on a un historien en la personne de Flavius Josèphe (un Cohen payé par les Romains certes mais qui a TOUJOURS défendu par ses écrits son peuple) qui précise le cadre, informe des enjeux, dénonce les deux belligérants dans leurs excès et de l’autre un récit talmudique court, décontextualisé et censé expliquer un évènement aussi cataclysmique pour le peuple Juif.

Pourtant c’est le second récit qui va être privilégié et le premier dénigré – non parce qu’il s’oppose ou contredit, non, les deux relatent le même événement du sacrifice refusé, mais juste parce que son auteur est un traître à la cause juive, lui qui a calqué son discours à celui d’un Héros de la Nation Hébreue (Rabbi Yohanna Ben Zacaï comme on l’a vu).

Je ne saisis pas.

Certaines autorités religieuses, comme on l’a dit, ne veulent accorder aucun crédit à l’œuvre de Flavius Josèphe. Pourtant il y a une claire disparité d’appréciation autour d’événements identiques dont seuls les acteurs sont différents.

A titre d’exemple le récit de la rencontre entre Josèphe et Vespasien est quasiment identique à celui de la rencontre entre Rabbi Yohanan Ben Zakaï et ce dernier.

Plus je lis Flavius Joseph et moins je comprends:
1/Pourquoi on ne considère pas ses écrits comme étant des éléments historiques assez fiables (hormis Maïmonide qui si ma mémoire est bonne l’étudiait, beaucoup de rabbanim le méprise) ?
2/l’explication de la guemara qui encore une fois me semble marginale sur les vraies causes de la destruction du Temple alors que le deuxième Beth Hamiqdach était souillé quotidiennement par des impies (entre autres abominations la Cohanout – la prêtrise- se marchandait) et ce, pendant des années sans soulever cette fois ci une révolte.

Le personnage de Flavius Josèphe serait-il toujours en cause ? Demeure-t-il des orientations qui invalideraient son travail ?

En réalité il existe encore deux objections sur lesquelles ce Cohen doit se justifier :

Les appréciations personnelles :

Là nous touchons à Flavius Josèphe le politicien et non plus à l’historien. Son livre énonce beaucoup de jugement de valeur favorables sur Titus et Vespasien en particulier (les destructeurs du Temple pour l’Histoire Juive). Ses relations avec le pouvoir central ramène le personnage de Josèphe à ce politicien qui manigance des alliances pour son seul intérêt, un intriguant comme il y en a eu trop dans la Cour de Judée et celle de Rome, un homme sans doute peu fiable en amitié et en opinions, qui devait confondre pragmatisme et trahison d’idées.
Nous rentrons dans l’appréciation de l’homme et on peut convenir que ce Flavius Josèphe ne devait pas être le plus honorable des aristocrates juifs. Par certains aspects il m’apparaît même détestable dans ses motivations politiques, et criminel dans ses choix belliqueux (en particulier en allumant en Galilée les braises de la guerre civile et en bafouant le Sanhédrin).
Mais relisons l’introduction de l’ouvrage : ce qui motive Josèphe c’est la vérité, purement et simplement. Il se veut factuel, objectif et détaché.

Objectif impossible à atteindre lorsque l’on connait l’auteur et son époque. Aussi, conscient de cette entrave, transige-t-il en prévenant qu’il indiquera à chaque fois son opinion, sa position, son jugement – sans pour autant les utiliser pour distordre un événement.

Il est en ce sens un rapporteur et un éditorialiste.

On peut vomir un édito, mais garder de la mesure sur un fait désincarné. Aussi traumatisant soit-il.

Deuxième point qui peut en effet soulever la polémique avec le judaïsme traditionnel, c’est la justification religieuse a posteriori de l’invasion romaine à la lumière des écrits de Flavius Josèphe.

Il y a  deux conceptions qui s’opposent.

D’une part celle de Josèphe qui, à maintes reprises, dénonces les factieux juifs comme premier responsables de la destruction du Temple. Les légions Romaines, appelées en renfort -souligne l’auteur- par des fanges judéenne elles-mêmes, n’aurait été que le bâton divin pour punir les enfants d’Israël de leurs trop grands méfaits. Le châtiment que Vespasien et Titus affligent aux Juifs ne serait dicté que par la Volonté Divine.
En quelque sorte, les romains ne seraient coupables de rien.
Ils ont été le bourreau mandaté par le Juge Suprême.
Bien entendu, on ne peut que s’étonner de cette position et remettre en cause ce jugement personnel de Josèphe sur la culpabilité de l’Empire Romain. La suspicion de connivence avec le Pouvoir résonne à fond et l’on est tenté de dire que l’imprimatur de Titus à cette œuvre repose essentiellement sur cet acquittement avant procès. Cela correspond aussi avec les écrits romains qui précisent que Titus n’a pas voulu de triomphe à son retour de Jérusalem, estimant qu’il n’avait eu aucun honneur à défaire un Peuple abandonné par son dieu.
Mon opinion purement personnelle est de prendre radicalement mes distances avec l’opinion- et je précise l’opinion – de Josèphe. Mais cela ne me fait rejeter sa description des événements.

L’autre opinion est celle du Judaïsme Talmudique qui pense que Rome, « Roumi aH’ayevette » Rome la Coupable (Avoda Zara, 3a), a été pleinement libre d’appliquer la sentence –sur une population victime de ses propres iniquités et désobéissances à l’égard du Divin (voir Hilkhot Techouva 6, 3).

Rome est coupable d’avoir massacré les Juifs de Judée et détruit le Temple de Jérusalem.
Rome est coupable d’avoir démembré le Royaume Juif en lui retirant toute autonomie.
Rome est coupable d’avoir usé de sa pleine conscience, de son libre-arbitre et d’avoir agi pour ses propres intérêts, bien loin de toute considération passive au titre de bourreau.
Rome devra donc être punie et la châtiment de Titus (Guittin 56b) n’en serait que les prémisses.

En conclusion de ce trop long billet (qui mérite beaucoup plus de sources et de références j’en conviens) je n’arrive pas à me convaincre que Josèphe soit un vulgaire traître à la solde de l’envahisseur romain. Je n’arrive pas à croire que la chamaillerie entre deux inconnus soit littéralement la cause de la Destruction du Beth Hamiqdach (le Rav Ouziel explique par exemple que cette aggada n’est que la parabole de la Haine Gratuite qui ravageait les Juifs à cette époque et qui est bien la cause première de la Destruction – ce qui me convient mieux, mais alors pourquoi ne pas l’avoir écrit explicitement ?).

Je n’arrive pas à rejeter le témoignage que je crois objectif de Flavius Josèphe.

Enfin, je pense que loin de n’être qu’un traître il n’en était pas pour autant un héros, comme le fût Rabbi Yoh’annan Ben Zakaï.
Que leurs attitudes et leurs conceptions religieuses aient été semblables n’en fait pas pour autant des personnages identiques. Je n’oublie pas que Flavius Josèphe est avant tout un politicien qui a échoué, un chef militaire incompétent et un époux bien instable. Mais comme sur ce dernier point vous conviendrez que cela a peu à voir avec ses qualités d’historien, j’espère que vous serez d’accord pour dire que ses autres tares n’entachent pas son témoignage absolument recevable et éminemment utile pour les Juifs d’aujourd’hui, afin qu’ils comprennent que l’Union de la Communauté, du klal Israël, est le pré-requis à l’édification du troisième Temple. Que, comme le révèle le Talmud, l’Amour Gratuit vienne panser la blessure infligée par Titus et que le Roi Machia’h apparaisse de nos jours rapidement pour restaurer la Royauté d’Israël! Amen !

source:

  • le site cheela.org dont un intervenant a fourni de nombreuses références
  • La Guerre des Juifs contre les Romains de Flavius Josephe

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

2 Responses to Flavius Joseph, traître ou héros ?

  1. KASHER dit :

    j’ai moi aussi lu la guerre des juifs il y’a bien longtemps et ai trouvé que Flavius jOsephe faisait la part belle aux romains.
    Cependant, il faut bien convenir d’une chose qu’avons nous d’autre comme témoignage détaillé ??
    Reste il des écrits de cette période (de source juive) qui décrivent la situation des juifs avant et après.
    Je pense qu’on peut s’estimer hereux d’avloir ce témoignage qui en tout cas quand je l’ai lu m’a aidé à renforcer mon identité juive et à mieux comprendre ce que nous avons perdu, quand nous disons tous les ans à la synagogue le 9 AV « nafla aterete rochénou (la couronne est tombée de notre tete) », ainsi que le refrain de kippour : « achré ayine raata kol élé alo lemichma ozene daava nafchenou) », heureux l’oeil qui a vu tout cela, quand l’oreille en entend le récit, l’ame se remplit de regrets ».

    Au final bien qu’il peut etre considéré comme un traitre, avec les réserves qui s’imposent vu la qualité de l’ouvrage, je rappele quand meme que le judaisme se développe dans les lieux de vie et non dans les cimetières, et que si nous sommes encore là aujourd’hui c’est parce qu’à cette époque certains ont décidé de survivre.

  2. Yona Ghertman dit :

    Bonjour,

    Le thème de ma thèse de Doctorat (Histoire du Droit) était : « le refus de l’indépendance politique dans la pensée rabbinique (1er – 2nd siècle). Étude sur les causes et la portée de la reddition à Rome de Flavius Josèphe et des autorités rabbiniques contemporaines de la prise de Jérusalem en l’an 70. »

    J’y ai beaucoup travaillé et le travail a été récompensé par la meilleure mention. J’y démontre -entre autres- que la pensée politico-religieuse de Josèphe est extrêmement proche de celle de ‘Hazal.

    En léguant ce qu’il a légué, Josèphe a fait énormément. Même sur le plan du limoud ses descriptifs sont très utiles. Heureusement qu’il s’est rendu aux romains accomplissant ainsi la maxime « qui est le Sage ? Celui qui calcule les conséquences de ses actes ».

    Voici une parti de la conclusion de ma thèse (de 430 pages) j’y parle de la perception de Josèphe :

    ………………………………………………………………………………
    Dans la « Bibliographie » englobant les noms des auteurs et ouvrages cités dans les commentaires sur les cinq rouleaux des Hagiographes, dans la collection juive orthodoxe américaine « ArtScroll Tanach Series, la Bible commentée », on trouve parmi les biographies des différents commentateurs rabbiniques, l‟exposé suivant sur « Flavius Josèphe » :

    « JOSEPHE FLAVIUS [en hébreu : « Yossef ben Mattityahou Hacohen »] –Né en 37 ou 38 ; mort après 100. Juif, général et historien.
    Il se vantait de descendre, par sa mère, de la dynastie hasmonéenne. Enfant, il se distingua par sa grande mémoire.
    Pendant la guerre juive de 66, il fut chargé par le Sanhédrin, de défendre la Galilée. Capturé et mené devant Vespasien, il prophétisa que celui-ci deviendrait Empereur (comme l‟avait fait R. Yo‟hanan Ben Zakaï). Vespasien le libéra, le récompensant par un commandement dans l‟armée romaine.
    Il passa le reste de sa vie à écrire une histoire apologétique des Juifs qui est un témoignage vécu de cette époque. L‟exactitude de la partie religieuse est, cependant, contestable. Il est, en général, traité par les Juifs de traître et de renégat.
    On dit qu‟une statue de lui a été érigée à Rome après sa mort »

    Même si plusieurs remarques pourraient être faites sur cette brève biographie, je ne souhaite pas m‟étendre davantage sur le rapport entre Flavius Josèphe et Rabban Yo‟hanan Ben Zakaï, ni sur la fiabilité de Josèphe lorsqu‟il rapporte des traditions rabbiniques. Ce qui m‟intéresse en l‟espèce, est de m‟attacher à la perception de l‟Historien juif par les auteurs de ce texte, deux Rabbins représentatifs de l‟orthodoxie juive américaine de la fin du 20ème siècle, R. Meïr Zlotowitz et R. Nosson Scherman.
    Dans un autre ouvrage plus récent rattaché à la même collection, une biographie de Josèphe sensiblement différente de la première est proposée. Même si les deux Rabbins sus-cités sont ici les éditeurs exécutifs de l‟ouvrage, un autre Rav, R. Hersh Goldwurm, se charge de la rédaction du texte :

    « FLAVIUS JOSEPHE
    (3800-3860) (40-100 de l‟ère chrétienne)
    Le plus ancien historien juif dont les écrits nous soient parvenus. D‟une famille aristocratique de Cohanim [Prêtres] il entre très tôt dans la vie publique. Quand éclate la guerre contre les Romains, il est nommé commandant de Galilée. D‟après son propre témoignage, c‟est le Tanna R. Shimon Ben Gamliel qui a appuyé sa nomination à ce poste. Après avoir été capturé par les Romains à la suite du siège de Jotapata, il se débrouilla pour gagner la faveur de Vespasien (le futur empereur). Sur les instructions de ce dernier, il partit pour Jérusalem pour exhorter ses habitants à se rendre. Quand Vespasien fut proclamé empereur, il le libéra. En signe de reconnaissance, Josèphe prit le nom de famille de Vespasien, Flavius. Témoin visuel et participant actif à la guerre contre Rome, il en fit un récit écrit : La Guerre des Juifs qui nous est parvenu en grec et qui a été traduit en de nombreuses langues. Son autre oeuvre : Les Antiquités judaïques retrace l‟histoire juive de la Création jusqu‟à la destruction du deuxième Temple. »

    On se rend compte, à la lecture de ce texte, que la connotation négative présente dans le précédent n‟existe pas ici. Pourtant, il s‟agit bien de deux ouvrages obéissant à la même ligne de conduite : traduire des travaux rabbiniques à destination d‟un public d‟intellectuels juifs orthodoxes. Force est donc de constater que la perception de Flavius Josèphe ne dépend pas du milieu auquel on se rattache, mais bien de l‟étude personnelle de ses oeuvres.
    Par ailleurs, on remarque dans les deux cas que la biographie en question se retrouve au milieu d‟autres biographies dépeignant toutes différentes sommités rabbiniques de diverses époques. Aussi Flavius Josèphe est-il associé à la littérature rabbinique, et ce même dans la biographie lui étant défavorable, composée sous l‟égide des Rabbins Zlotowitz et Scherman. Que l‟on apprécie ou non la personnalité de Josèphe, il n‟est pas possible de l‟écarter définitivement et de dissocier totalement son travail de la littérature rabbinique.
    Le vrai problème se cachant derrière la critique de Josèphe est avant tout d‟ordre politique. S‟il fut considéré comme un traître durant longtemps, comme en témoigne la première biographie citée, c‟est que nombre de chercheurs se virent dérangés par son attitude politique allant à l‟encontre du nationalisme juif prenant naissance dans l‟Allemagne du 19ème siècle. Par exemple, un certain judaïsme identitaire encore détaché de ce qui deviendra le « sionisme » vit le jour dès le milieu du 19ème siècle avec la personne de Zacharie Fränkel. Ce dernier quitta le milieu du judaïsme réformé allemand en 1845 en signe de protestation contre la suppression progressive de l‟hébreu des livres de Prière. Il ne rejoignit pas pour autant le judaïsme orthodoxe, mais tenta d‟opérer une synthèse entre ces deux pôles. L‟un des points de tensions séparant son récent mouvement religieux du judaïsme réformé se situait sur le plan de l‟identité juive : d‟après lui, ce concept devait inévitablement se rattacher à certains critères identitaires, dont la langue hébraïque1384.
    C‟est dans ce contexte que Henrich Graëtz, ami et collègue de Fränkel présente dans son Histoire des Juifs une sévère critique de Josèphe, qu‟il accuse d‟avoir précipité la chute de Jérusalem de par sa gestion de la Galilée :

    « Josèphe ben Matthia, plus connu sous le nom de Flavius Josèphe, de Jérusalem (né en l‟an 38, mort, selon toute apparence, en 95), était issu d‟une famille sacerdotale fort considérée, et, par sa lignée maternelle, se rattachait, dit-on, à la famille des Hasmonéens. Grâce à une éducation soignée et à la fréquentation des docteurs, il possédait un certain acquis dans la science de la Loi (…).
    Le séjour de Rome eut une influence décisive sur le caractère de Josèphe. L‟éclat de la cour de Néron, l‟activité étourdissante de la grande capitale, la majesté imposante des institutions romaines l‟éblouirent si fort, que Rome lui sembla promise à l‟éternité et spécialement protégée par la Providence. Il ne voyait pas, sous la pourpre et l‟or, les ulcères qui rongeaient ce corps de géant, et dès ce moment, Josèphe devint un adorateur de la puissance romaine (…).
    Cette admiration enthousiaste devait lui faire paraître bien mesquines et bien misérables les petites affaires de la Judée. Comme il dut rire des rêves de ces zélateurs qui ne parlaient de rien moins que de chasser les Romains de la Judée ! Apparemment, pensait-il, ces gens ont perdu l‟esprit. Aussi essaya-t-il d‟étouffer dans l‟oeuf leurs projets de révolution (…).
    Cependant les envoyés de Josèphe à Jérusalem et ses amis de la capitale avaient produit un revirement d‟opinion en sa faveur. Le Sanhédrin rappela ses propres délégués et maintint Josèphe dans ses fonctions. Celui-ci renvoya les députés du Sanhédrin à Jérusalem, chargés de fers. Tandis que Josèphe allumait ainsi en Galilée la guerre civile, bafouant le Sanhédrin, décourageant les patriotes et poussant l‟importante ville de Tibériade à trahir la cause nationale, Sepphoris, la capitale de la Galilée, avait le champ libre pour entamer des négociations avec Rome. Ce sera la honte éternelle de Josèphe d‟avoir, par son impéritie, son égoïsme ou sa duplicité, brisé ainsi les forces de la Galilée, cette fière et belliqueuse province, le meilleur rempart de la Judée (…) » (H. Graëtz, Histoire des Juifs,, II, 3, 18.)

    Il est intéressant de constater que cette accusation de « collaboration » avec les Romains a traversé l‟histoire, puisqu‟en 1937 à Anvers, puis en 1941 en France, des procès à titre posthume furent engagés contre Flavius Josèphe par des opposants au régime nazi qui le déclarèrent finalement coupable1387. Par ailleurs, dans les cercles du sionisme religieux, la perception de l‟Historien juif reste très ambiguë. Aussi dans une réponse en date de 2006, le
    Rav Elie Khan z‟l écrit-il que la lecture de Josèphe ne peut-être comparée à la lecture des livres religieux. Pourtant, l‟auteur du célèbre ouvrage halakhique, le Michna Broura compare explicitement la lecture du Yossipon à la lecture d‟un ouvrage de morale juive (Michna Broura 307, 58).

    Est-ce à dire que le Rav Khan ait choisi de ne pas étendre cette comparaison aux Antiquités Juives en raison des « opinions politiques » de son auteur ? Rien ne permet de l‟affirmer, mais cette possibilité est envisageable. En effet, dans une réponse datant de 2010, le Rav Réouven Ouziel renvoie à la perception de Josèphe par le Rav Khan en le décrivant ainsi : « Comme l’a expliqué le rav Kahn z »l, [F. Josèphe] a déserté et a rejoint les romains contre son propre peuple. Il a gardé un grand amour pour le Peuple Juif et la Torah »
    .
    Cette perception de l‟Historien juif est significative de l‟ambiguïté régnant à son égard. D‟un côté, Josèphe laisse le souvenir d‟un déserteur ayant agi « contre son peuple », mais d‟un autre côté, son profond respect de la Torah ne peut être nié. On remarquera toutefois que les mêmes Rabbins ne sauraient envisager une telle description de Rabban Yo‟hanan ben Zakaï. En effet, comment considérer que le fondateur de Yavné ait pu agir « contre son peuple » ? Pourtant, si l‟on s‟attache à l‟acte de reddition en lui-même, l‟attitude du Sage rejoint sans doute celle de Josèphe…

    Cependant, il existe une distinction de taille entre la perception des évènements par Josèphe et leur retranscription dans la littérature rabbinique. Si dans ses écrits, Flavius Josèphe laisse parfois ses sentiments s‟exprimer -non d‟une manière irréfléchie mais avec passion et conviction- il n‟en va pas de même dans les écrits rabbiniques. Il y a certes certaines aggadot insistant sur la tristesse des habitants ou des Sages, comme celle montrant Rabban Yo‟hanan Ben Zakaï consolant son disciple devant les ruines du Temple, mais de tels récits sont toujours amenés dans un but précis, particulièrement réfléchi.
    Il n‟est pas question pour les Sages du Talmud et du Midrash de retranscrire des lamentations vaines ou des manifestations de haine gratuites. Comme je l‟ai montré dans mon travail, se dégage avant tout des aggadot, une pensée morale, qui s‟assimile parfois à une morale politique. Quant à la transcription des innovations juridiques de l‟époque de Yavné, elle permet de saisir le profond formalisme juridique animant les Sages de l‟après destruction.

    (…..)

    [ceux qui seraient intéressés par plus de renseignements sur ce travail, me contactez en privé par l’intermédiaire du blogmaster]

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