Effet de résonnace et théodicée

(A la mémoire d’Élie, fils de Saada – Léïlouï Nichmat Eliyahou ben Saada)

Une petite note sur une réflexion que je me suis faite ce matin en mettant 3 petites pièces de monnaie dans la boîte de tsedakka (improprement traduite en français par « charité » et qu’il faudrait nommer plus exactement « acte de rétablissement de la justice » envers l’indigent comme expliqué ici).

Ce tronc venait d’être vidé et était donc à nouveau vide: en y insérant les piécettes je me suis étonné du bruit qu’elles produisaient. Un véritable et littéral effet « bling bling » !

En effet la boîte, vide, offrait une excellente caisse de résonance pour ces petites pièces métalliques qui en s’entrechoquant ont provoqué la plus douce des mélodies chéries par Don Salluste dans « La folie des grandeurs »😉

Jamais si le tronc était encore plein je n’aurai perçu un tel vacarme.

C’est une belle métaphore me suis-je dit sur la fameuse question de la théodicée.

Comment Dieu peut il récompenser les impies, les  fauteurs, les mauvais et punir si durement trop souvent pense-t-on les bons, les justes, les pieux ?

Les réponses traditionnelle du judaïsme tourne toujours autour de l’idée que la vraie récompense des justes est reversée pour le Monde Futur (comme on le récite tous les matins dans la téphila: ‘Amar Ribi Yehouda…védâ matan sékharan chel tsadikkim léâtid lavo’), tandis qu’ici-bas, les mécréants consomment les bienfaits de leurs si rares et sans doute involontaires bonnes actions.

A ce propos, voici une anecdote reprise du livre « La Paracha« , du Rav Eliahou Hassan sur la péricope Réé:
Le H’atam Sofer, Rav de la ville de Bratislava, se rendit un jour chez un coreligionnaire fortuné mais qui – comme cela peut arriver- avait renié toute pratique religieuse. Le Rav, au beau milieu de cette luxueuse propriété,  lui demanda, provocateur:  » Ce qui me questionne c’est que je ne vois pas chez vous de Olam Hazé [les possessions de ce monde-ci] »
Le riche personnage s’en étonna et lui dit respectueusement : « Rav, avec tous le respect que je vous dois, n’avez pas ouvert les yeux sur ce qui vous entoure ? Et encore, ne pouvez-vous apercevoir qu’une partie de ma fortune ! ».
Malicieusement, le H’atam Sofer conclut alors « Non, vous faites erreur, ce que je vois, ce n’est pas votre Olam Hazé, mais votre…Olam Haba [les récompenses du Monde Futur] ! »

Un être humain est un peu comme une boîte de tsedakka: quand il est plein de bonnes actions, de mérites, d’effort, de travail, de sacrifices, chaque nouvelle récompense fait très peu de bruit.

La vraie récompense c’est à la fin de la vie lorsque l’on fait les comptes: on vide la boîte et la piscine de Picsou se remplit et déborde dans un enivrant chahut.

En revanche pour une personne qui compte peu de belles actions au cours de sa vie terrestre, la moindre BA fait un bruit de tous les diables. Ses effets se propagent et sont amplifiés. Mieux, il en retire immédiatement les bénéfices: Un tel est loué pour sa générosité à chanter pour les « resto du cœur » (en oubliant de préciser qu’il exige d’être logé dans un 5 étoiles et à des frais de bouches à faire pâlir le jury de MasterChef), un autre va donner 1 million d’euro à une association contre une maladie génétique (et omettra de révéler que cet argent vient de son annonceur qui en contre-partie verra son logo apparaître dans les publications de l’association et réduira ainsi ses taxes professionnelles et autre impôt sur les sociétés).

Les exemples sont nombreux.

Le silence en revanche risque d’être fort pesant au moment de vider la boite. Quelques piécettes n’ont jamais fait partie d’un orchestre philharmonique…On en revient toujours à ce que l’on sait tous déjà :

Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas du bien.

D’ailleurs, j’ai été fort content de m’apercevoir a posteriori que le Talmud avait déjà évoqué cette métaphore. En effet il est écrit dans le Traité Baba Metsia, 85b: » Un sou dans une tirelire fait beaucoup de bruit« . Cette référence ramenée par le Ramh’al dans son Messilat Yesharim (chapitre XXIII) est appliquée non sans humour aux personnes dont l’orgueil est proportionnel à leur ignorance. Ce qui rejoint l’adage populaire: »la culture, c’est comme la confiture; moins on en a, plus on l’étale »😉

Ce sera la leçon du jour, en espérant que tous, nous remplissions le plus vite possible notre boite de mitsvot, non pas pour anticiper le moment où il faudra la vider (puisque « tsedakka tatsil mimavet, la « charité » protège de la mort), mais pour qu’après 120 ans, on nous félicite d’avoir été tellement « silencieux » ici bas…

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

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