L’absence du Juif grolandais…

Si d’aventure un Juif français a maille à partir avec un voisin par exemple alors qu’il s’estime dans son droit, qu’une plainte est déposée et que l’histoire s’envenime; soyez certains que les termes  » et en plus c’est un Juif! », « encore un coup des Juifs », « ils se croient tout permis chez nous » ou tout autres joyeusetés du même genre seront proférées – alors même que le Juif est dans son droit le plus strict.

Il m’est personnellement arrivé à maintes reprises où j’ai dû ronger mon frein et serrer les dents afin de ne pas empirer une situation dans laquelle j’étais victime – au seul motif que je ne voulais pas que l’agresseur en profite pour proférer des insultes sur ma croyance.

J’ai toujours eu une ‘sainte panique’ de commettre ce que l’on appelle le H’iloul Hachem , une  profanation du Nom divin.

C’est idiot, jamais le Judaïsme n’interdit de se défendre lorsque l’on est dans son droit.

Mais c’est ainsi. Sans doute les siècles et les millénaires de massacres ont-ils forgés une conscience du silence et de la soumission.

Depuis la Révolution Française et l’émancipation des Juifs, depuis Napoléon et la création du Consistoire, depuis l’Affaire Dreyfus, depuis Blum ou Mendès-France, notre pays a su – à l’exception près de la Collaboration avec l’Allemagne nazie – prouver que l’égalité citoyenne n’était pas un vain mot. C’est de fait une valeur républicaine et reconnaissons que les institutions françaises ont œuvrées  sincèrement et plus ou moins efficacement pour son application sur notre territoire ( sous nuance de la période 2001-2005 avec la vague d’antisémitisme, mais ce sera l’objet d’une autre note).

Alors où est le problème? Pourquoi un Juif n’aurait-il pas les mêmes droits alors qu’on lui reprocherait de ne pas avoir les mêmes devoirs ?

Je ne sais pas.

Cela procède à la fois je l’ai dis de l’attitude du Juif lui-même qui a tendance – fâcheuse mais historique- à se renfermer dans son sentiment d’injustice mais aussi à la réalité d’un antisémitisme – diminué mais historique aussi – de la société française.

Je ne dis pas non plus que seuls les Juifs subissent cette stigmatisation. Mais je reconnais aux autres minorités une attitude plus virulente, décomplexée et sans doute justifiée dès qu’il s’agit de discrimination. Leurs manifestations sont parfois elles-aussi condamnables (voitures brulées, émeutes, manifestations violentes, chasse à l’homme) et je ne souhaite en rien justifier des actes qui doivent être fermement réprimés. Mais il est évident que cela témoigne aussi d’une attitude à ne PAS se laisser faire qui fait défaut, aujourd’hui comme hier, à bon nombre de citoyens juifs français.

Alors, oui, évidemment, on ne règle pas la Question Juive aussi facilement (?) que la question sur l’Identité Nationale: à coup de lois, de décrets, de commissions – même si ce sont des étapes indispensables.
Oui aussi, il y a chez nos concitoyens israélites une minorité d’hommes d’actions qui ne peuvent plus supporter cette soumission tandis que des lois existent et sont censées les protéger.

Oui enfin, agir ainsi ou plutôt ne pas réagir, c’est renforcer l’image fausse, insultante, déshumanisante du Juif qui se laisse violenter, massacrer et tuer – avec comme symbole suprême les camps de concentrations nazis.

(Image qui du reste est aussi à l’origine de le distance du public européen envers les actions militaires israéliennes: « Comment, un Juif qui se défend ? »)

Mais je constate que les faits sont là: combien de fois n’ai-je pas entendu « Que peut-on y faire ? » , « Je préfère laisser passer, je ne veux pas faire d’histoire », « ce n’est pas grave, on oubliera vite », « qui nous protègera s’il y a des représailles? », « Que cela me serve de Kappara (d’expiation)pour mes fautes »,  « quelle image on donnerait de nous ? »

Mon père, citant ce qu’un vieux juif polonais américain lui avait dit dans sa jeunesse,  m’a toujours dit qu’un Juif se devait d’être le meilleur des meilleurs. Non pas au nom d’une supposée aristocratie intellectuelle ou prétention séculaire. Juste parce qu’ainsi, on est mieux protégé. Toujours pas à l’abri, non, juste mieux protégé.

Quelle drôle de perspective donne t-on là à son enfant…Pourquoi sous prétexte d’être juif, on n’aurait pas le droit d’être simplement beauf ? bête? méchant? grossier? de mauvais poil?  hargneux? grognon? Bref, comme un bon vieux voisin d’immeuble ou de rue ou de quartier, avec sa baguette, son caniche et son PMU ?

Alors, après les juifs séfarades, ashkénazes, sabras ou yéménites, pourquoi n’y aurait il pas de Juif Grolandais ?

À propos trente-trois
Papa encore trentenaire, contrarié et jamais contrariant, je souhaite pouvoir dégager suffisamment de temps pour pouvoir aborder tous les sujets qui me questionnent, m'interrogent et me révoltent (car oui, camarade, ça me révolte). Conscient que cette description est pour le moment inintéressante, je vous engage à œuvrer dans les commentaires qui vont suivre pour en savoir plus...

4 Responses to L’absence du Juif grolandais…

  1. Ping : Bilan 2010 du blog « Mise en Trentaine…

  2. Lionel Bensoussan dit :

    Cher trentenaire je suis assez étonné de te voir véhiculer des images aussi dénué de sens que celle d’un juif nouveau qui a su se débarrasser de son – je cite – « image fausse, insultante, déshumanisante du Juif qui se laisse violenter, massacrer et tuer – avec comme symbole suprême les camps de concentrations nazis ».
    Comment peut-on encore aujourd’hui penser que les juifs auraient pu échapper a l’étau de fer du système totalitaire Nazi.
    A-t-on jamais dit que les Russes, les Coréens, les Albanais ou encore les Cambodgiens entaient des pleutres, pour n’avoir réagi à leurs tortionnaires et à leurs diverses polices politiques.
    C’est bien précisément le sens d’un état totalitaire que de faire régner l’ordre à coup de terreur. Si les Juifs ne se sont pas rebellés, ce n’est nullement parce que ce « juif ancien » était inférieur au juif nouveau que les membres du Yshouv allaient célébrer glorieusement, mais seulement parce que toute forme de révolte était proprement impossible.
    Dans son livre Loulek, le Rav Israel Lau, ancien grand Rabbin Ashkénaze d’Israël et lui-même rescapé de la Shoah, que l’on ne saurait soupçonner d’anti sionisme primaire, raconte comment il a fait changer la prière officielle pour les victimes de la Shoah en retirant les mots, ô combien insultants à ses yeux, évoquant l’impassibilité des victimes.
    A part ça je pense que nous avons largement notre part de gros beauf, qui plus de plus en plus assumés, et que quand je vois l’image du Juif décomplexé que véhicule un film comme la « verité si je mens », j’en viens moi le Sefarad bon vivant, à regretter le juif complexé du Shtetl.

    • trente-trois dit :

      Cher Lionel, relisez-moi et si votre avis ne change pas, veuillez pardonner ma confuse prose : l’image du juif qui se laisse faire, je la nomme précisément « fausse ». Elle l’est d’autant plus que je le note rapidement, elle est paradoxalement à l’origine de l’iconoclastie sioniste vue du monde occidental. Donc, sauf si moi aussi j’ai mal compris votre contribution, je ne vois pas de différence entre nos points de vue.
      Quant aux beaufs de chez « nous », en revanche, je préfère cent fois supporter le niveau sonore d’un vulgaire commerçant au verbe haut et à l’orthodoxie fiscale douteuse, qu’un ghetto crasseux et insalubre entouré de villageois haineux et violents.
      Ni vous ni moi ne devrions tomber dans la caricature.

      Cordialement

      • Lionel Bensoussan dit :

        Cher trentenaire,
        Le sens de mon intervention n’était bien évidemment pas de remettre en cause notre droit à vivre dignement dans un pays où il fait somme toute bon vivre.
        La seule vocation de mon commentaire et juste de réagir à un poncif aujourd’hui globalement unanimement accepté dans la communauté juive, et qui voudrait que les victimes du nazisme aurait pu échapper à leur sort si ils avaient eu une mentalité moins « soumise », et que cet état de fait a été chargé par l’apparition de l’état d’Israël, qui sut enfin nous rendre une fierté juive disparu depuis fort longtemps.
        Ce point de vue me choque pour une raison double.
        Premièrement comme je l’ai dit précédemment cela relève d’une ignorance crasse de la réalité des systèmes totalitaires.
        Il est au demeurant intéressant de constater à quel point nos contemporains ne semble pas s’intéresser aux mécanismes qui ont permis à l’Allemagne des années 30 de devenir ce que nous avons vu sous le régime Nazi. Je ne saurais que recommander la lecture des excellents ouvrages de Ian Kershaw sur Hitler et le 3ème Reich.
        La deuxième raison, est bien plus profonde, et probablement plus polémique.
        Je suis en effet très étonné que l’image d’Épinal du Juif Nouveau (qui est arrivé comme le Beaujolais…) ai pu à ce point s’imposer. Si je le comprends aisément pour les diverses composantes du sionisme religieux ou pas, ceux-ci étant sommes toute cohérents avec eux-mêmes. Je reste en revanche beaucoup plus surpris par le consensus que cela semble causer dans le monde dit Harédi, qui est en l’espèce totalement assujetti à une pensée unique typiquement française sur le sujet.
        Mon propos n’est pas le moins du monde de traiter de la légitimité d’Israël qui n’est aujourd’hui remise en cause par personne dans le monde Orthodoxe hormis une poigné de Hassidim crétins qui préfèrent la fréquentation de Dieudonné et d’Ahmadinejad à celles de leurs frères. Mais en revanche l’absence de réflexion sur ce que peut représenter Massada en tant que symbole juif m’effare. Je ne veux pas mourir fier et debout, comme le veut une certaine pensée généralisée, mais au contraire je pense que le judaïsme a su se maintenir en courbant la tête mais en restant Juif.
        Je n’ai aucun fantasme pour la martyrologie en général, mais entre une image de Juif devenu Héros Grec et celle d’un juif courbé je pense que sans tomber dans la caricature, nous sommes tout de même en droit de nous interroger (sans d’ailleurs forcement donner de réponses).
        Par ailleurs je ne suis pas sûr de te suivre pour ce qui est de « l’iconoclastie sioniste occidentale », sur laquelle tu en dis soit trop soit trop peu.
        Enfin, pour ce qui est de nos commerçants bruyants, j’ai à leur égard une réel tendresse, mais quand je vois comme Shabbat dernier un bande de Juif beurrés comme des petits Lu, et portant sirtouk et chapeau « gueuler »comme des Kozaks dans les rues du 19ème, au grand dam de mes enfants qui se demandent commun un froum peut avoir aussi peu de tenue. Et ils n’avaient même pas l’excuse de Pourim ou de Chabbat mevarerim sachant que l’on était le 16 Adar. Car malheureusement entre ce genre de comportement et notre jeunesse peu glorieuse qui traine au Buttes Chaumont avec Kippa sur la tête et Tsitiots au vent, mais main sur la cuisse de la copine fort décolleté, et le pote qui traine avec eux le Shabbat sur son Scooter, tout compte fait un peu de discrétion serait aussi important que notre fierté Juive.
        Quant à la responsabilité des Goyim pour leur antisémitisme, elle ne fait aucun doute, mais n’est pas une excuse à nos propres manquements. Je ne me dois pas d’être irréprochable pour éviter l’antisémitisme, car ils seront antisémites malgré tout. Non, je dois juste être irréprochable aux yeux des autres parce que cela constitue un Hiloul HaChem.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :