Augmentation de salaire et stabilité de l’emploi
23/07/2010 1 Commentaire
Ce qui est amusant dans une grosse entreprise, c’est souvent de confronter les projections complètement différentes que certains départements (pour ne pas dire tous) dressent à partir d’une cause unique. Et au final les conclusions pratiques que la “victime” peut en tirer sont assez loin de l’image d’Épinal d’un emploi stable, réservé aux bons éléments.
Pour mieux fixer les idées, je dois par exemple recruter un Chef de Projet pour épauler ceux de mon équipe et qui ont tous au moins 7 ans d’ancienneté dans le poste. Ils sont vraiment très bons niveau technique et carrément pas niveau gestion de projet ce qui peut justifier cet apport en ressource.
Parmi les candidats que je reçois, les prétentions salariales me font tiquer: elles sont toutes supérieures au salaire d’un de mes chefs de projets. Lorsque j’en parle à mon responsable il m’explique qu’historiquement, cet employé avait commencé tout en bas de l’échelle et en persévérant était arrivé à ce poste – avec des augmentations autour de 2 a 3% – lorsqu’elles existaient !
Au final après presque une décennie de bons et loyaux services, il n’est même pas au niveau du marché – alors que professionnellement il est plutôt au dessus de la moyenne.
Mais j’étais loin d’être au bout de mes surprises, puisque lorsque j’évoquais ce paradoxe (recruter un junior ignorant mieux payé qu’un senior sachant) j’ai eu droit à des réponses surprenantes :
- Au niveau hiérarchique: “C’est de sa faute, on n’y peut rien, il a commencé de beaucoup trop bas pour pouvoir espérer être payé à sa juste valeur”
-Au niveau RH: “Ses augmentations successives montrent que c’est un bon élément. Cela nous suffit et apparemment lui aussi – le marché de l’emploi étant ce qu’il est, il n’a pas intérêt a bouger”
-Au niveau de mes collègues : “Que veux tu, c’est typiquement le moment pour lui de quitter l’entreprise pour se remettre à niveau dans une autre boîte. Mais ne surtout pas avouer lors de son recrutement que c’est seulement l’argent qui le motive. C’est mal vu…”
-Au niveau de mes amis : “l’entreprise n’est pas un lieu de justice salariale. Tu l’ignorais ?”
Cela me rappelle un débat que j’avais eu avec mon ex-DRH qui se plaignait de ne pas trouver un bon Directeur de département : tous les CV qu’on lui transmettait montraient que les candidats n’étaient pas “stables” : au lieu de “construire leurs carrières” années après années dans leur entreprise, ils “papillonnaient” tous les 3/5 ans…
Et si finalement pour espérer gagner plus, il fallait travailler autant mais ailleurs ?



Ping : C(D)DD ou l’éloge du manque d’ambition… « Mise en Trentaine…